17.05.2012 | Ascension du Seigneur | S. Pascal Baylon, Ascension | Ac 1,1-11 Ep 4,1-16 Mc 16,15-20

Variations cathosphériques

18 février 2012 | 11h06

Œcuménisme: Le «principe conclave»

Le cardinal suisse Kurt Koch dirige le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens. Il a prononcé, l’an dernier, un discours remarqué lors du lancement de l’année académique à l’abbaye cistercienne Stift Heiligenkreuz, en Autriche. Le prélat a notamment exprimé sa conviction – qui est aussi un pressant appel – que catholiques et réformés devraient s’exprimer d’une même voix sur les questions éthiques touchant la protection de la vie humaine.

 

C’est loin d’être le cas, notamment en Suisse. Il n’est pas rare que la Fédération des Églises protestantes (FEPS), d’une part, et la Conférence des évêques suisses (CES), d’autre part, prennent publiquement des positions divergentes sur de tels sujets. Ce fut notamment le cas en 2004. Une loi relative à la recherche sur les cellules souches embryonnaires était soumise au vote populaire. L’enjeu fondamental était de reconnaître ou non la dignité humaine de l’embryon, dès sa conception. Pouvait-on admettre, oui ou non, de l’utiliser comme matériel de recherche et d’interrompre par là sa vie? La CES recommanda le NON, la FEPS le OUI. (Voir note en bas de page.)

 

Sur un sujet aussi fondamental, deux positions diamétralement opposées, de la part de deux communautés se réclamant du même évangile! On ne pouvait pas mieux brouiller les repères. Le plus étonnant est qu’aucune consultation, aucune discussion n’avait eu lieu entre la FEPS et la CES en vue de parvenir à une position commune. Chaque organisation avait mené sa réflexion sans se préoccuper de «nos chers frères en Christ».

 

Pour exaucer le vœu du cardinal Koch, exprimé au Stift Heiligenkreuz, une méthode éprouvée permettrait d’éviter de telles cacophonies, qui affaiblissent le crédit des deux Églises et nuisent à l’évangélisation souhaitée par les deux également. Il s’agit d’appliquer le «principe conclave». Quand ils doivent élire le pape, les cardinaux s’enferment dans des conditions relativement peu confortables. Ils n’en sortiront pas avant d’avoir atteint l’objectif, quelles que soient leurs divergences de départ, souvent très vives, sur les motifs d’élire celui-ci plutôt que celui-là. Le consensus final est obligatoire. Et il finit par arriver, de façon heureuse habituellement.

 

La FEPS et la CES feraient bien de s’inspirer de cette méthode efficace, par un renversement de vapeur. Le principe de parler d’une même voix sur des questions éthiques de fond doit être posé en préalable par les deux partenaires. Une fois cette décision prise, les commissions respectives auraient pour mandat impératif d’arriver à un projet de déclaration commune. Quitte à s’enfermer en «conclave»… Celui qui estime cela impossible rejette tout simplement l’idée qu’une même inspiration bien comprise, à savoir l’évangile, puisse éclairer une même problématique, correctement saisie. Au fond, ce serait là une démission anticipée ou une paresse de l’esprit ou encore un repli sur son pré carré, assorti d’une confiance médiocre en l’autre.

 

Dans un tel processus, chaque organisation perdrait peut-être un peu de sa sacrosainte culture identitaire, mais chacune y gagnerait en approfondissement de son analyse et en capacité d’éclairer les consciences, sans nullement les contraindre pour autant, pas plus que maintenant.

 

Et les chrétiens, réformés et catholiques, se diraient peut-être que l’œcuménisme n’est pas qu’un slogan, mais une force de proposition, qui pourrait les intéresser. Les Églises retrouveraient dans le débat public une place qu’elles ont perdue, en partie par leur propre faute, à cause de leur division.

 

Michel Salamolard

P.S. Ceterum censeo accipiendam esse legem de pretio libri unico.

 

Cf. François-Xavier PUTALLAZ/Michel SALAMOLARD (dir.), Le Sens de l’homme. Au cœur de la bioéthique, Préface de Pascal Couchepin, Postface de Georges Cottier, Saint-Maurice, Saint-Augustin, 2006 (avec un débat révélateur entre Mgr Koch, évêque de Bâle, et M. Christoph Stückelberger, directeur de l’Institut d’éthique de la FEPS).


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