Le jass* de l’évêque
«Après une interruption de six ans, la tradition du "jass...
M’énervent, ces journaleux aveugles et bêtes! Plus enfoncés dans leur obscure ignorance que moi, autrefois, dans le ventre d’une baleine. Pourquoi je m’échauffe et frétille du menton? Vous me le demandez? Eh bien, comme dirait Sarko, je vais vous le dire. C’est l’affaire Charlie Hebdo qui me met hors de moi. Hors de moi? Notez, en passant, que pour se regarder faire le pitre, comme je le fais en ce moment, mieux vaut être à côté de ses pompes. On se voit marcher, courir, s’emmêler les pinceaux. Bref, on se marre. Donc, quelques sombres crétins, pas des Alpes, espérons-le, ont fait exploser une bombe dans les bureaux de Charlie Hebdo. Les foudres d’un ciel furibard sont tombées sur des arrogants. Ils avaient osé dessiner un enturbanné rigolard. BLASPHÈME! BLASPHÈÈÈME! BLASPHÈÈÈÈÈÈÈME, vous dis-je! Que dis-je, vous dis-je, vous hurlé-je, plutôt. Si vous n’entendez pas, vos portugaises sont ensablées grave.
Et toute la presse gauloise, et l’helvétique à la remorque, de crier au scandale, de monter au créneau, de défendre la liberté d’expression, de vilipender les ennemis de la démocratie, de clamer bien haut qu’on ne se laisserait pas intimider. Mais non, mes amis, ce n’est pas du tout ça qui me tape sur les nerfs, que j’ai solides. Je me déclare prêt à participer à n’importe quelle manif pour la liberté d’expression, que je pratique d’ailleurs sans gêne et sans chaîne. Pour elle, je suis prêt à hurler avec les loups, même s’ils n’ont du loup que la pelisse, étant bons moutons sous icelle. Mais, pour moi, bêler, hurler, glapir, gazouiller, roucouler, jacasser, caqueter, piauler, grogner, rugir, turluter, coqueriquer, c’est du pareil au même. Liberté d’expression totale! (Grand concours: trouvez pour chacun des verbes précédents l’animal approprié. Envoyez vos réponses à cath.ch. Un prix surprise récompensera chaque réponse exacte. Veinards!)
Non, ce qui m’exaspère, c’est autre chose. Vous ne devinez pas? Vous me le demandez? Eh bien, je vais vous le dire. C’est la mise en parallèle ahurissante, dans les médias, entre, d’un côté, ces fanatiques ennemis de la liberté d’expression, les terroristes de Charlie Hebdo, donc, et, de l’autre côté, ces «intégristes catholiques» qui osent manifester devant un théâtre où l’on joue une pièce insultant grossièrement le Christ. SALES INTÉGRISTES! CATHOLIQUES! HOU! Quoi, vous osez exercer votre liberté d’expression? Et pacifiquement? Vous n’avez pas honte? Allô, police! Nettoyez-moi cette racaille, au karcher.
Ces journalistes-là sont des nigauds. Pis, des incompétents. Au nom de la liberté d’expression, ils refusent à des catholiques, qui sont loin d’être tous «intégristes», de s’exprimer librement. Mais il y a pire encore, sacré nom de nom. De bons chrétiens, y compris cathos, estiment et publient qu’il faut excuser, pardonner, que Jésus en a vu d’autres. Certes, andouilles, mais vous confondez deux choses. Un, la réalité spirituelle et, deux, la réalité citoyenne. Si la première nous oblige au pardon jusqu’au martyre, la seconde nous oblige à la dignité et à la justice. Pour tous, nous y compris. Une démocratie soi-disant laïque qui tolère qu’une seule communauté religieuse soit insultée publiquement n’est ni démocratique ni laïque. Comment la qualifier? Un espace de connerie ou les plus cons sont rois. Bouchez vos chastes oreilles, camarades!
Quant à ceux qui justifient la connerie au nom de l’esthétique et du droit des prétendus artistes – tu parles! – à se montrer plus cons que les autres, ils méritent un Prix Nobel. Celui de la bouffonnerie.
p.o. Michel Salamolard