Un Noé (post)apocalyptique
On le sait, les studios hollywoodiens ont pour marotte de tenir pour argent...
Grosse discussion, l’autre jour, avec mon pote Noé, le vigneron, qu’avait comme on dit un petit coup dans l’aile, mais très lucide, in vino veritas, n’est-ce pas? «Dans ton paquebot de sauvetage, que je lui fais, y avait bien des couples de tous les animaux? Ceux de la terre, des éléphants, des puces?» – «Exact, qu’il me répond!» – «Et de même, tous les oiseaux? Pourquoi les oiseaux, ça leur est bien égal que la terre soit inondée?» – « Pauv’ minus, qu’il me rétorque! T’as déjà vu des corbeaux voler sous une pluie battante?» – «OK, OK, que je lui dis. Mais y manquait les poissons, dans ton chalutier! Hein, pourquoi t’a pas embarqué les épinoches et les baleines?» – «T’es vraiment nase, qu’il laisse tomber en me toisant avec pitié! Comment tu fais pour noyer le poisson, hein? Sont insubmersibles, indestructibles. Ne craignent ni le feu des foudres célestes ni les flots du déluge. C’est Dieu qui l’a voulu. T’as qu’à relire ta Bible. Les poissons sont les seuls animaux bénis de Dieu, avec l’homme et la femme. Les gros sont autant d’arches, des sous-marins de salut. Tu devrais le savoir, toi, le grand baleinier! Et pis, Jésus, une seule fois il a béni des animaux. Lesquels, dadais? Des poissons! Et pis encore, Jésus, tu sais comment ses amis l’appelaient dans leur code secret? Poisson! Ikhtus, d’après leur patois. Le poisson sauveur!»
Bref, ce sacré Noé, il m’a cloué le bec, je savais plus quoi dire. Honteux et confus, pensez, un prestigieux prophète rendu muet comme une carpe par un ivrogne! Je m’en fus tête basse. Et soudain, je la redressai, ma caboche, fièrement! Mais c’est bien sûr, me dis-je, ma théorie des baleines est plus géniale que je ne pensais! Oui, me fis-je, figé de stupeur, et vous fais-je par la même occasion, pensons à ces événements-baleines que Dieu envoie pour nous sauver de nos caprices. Ha, ha, ha! ris-je! On va encore rire. Esgourdez, camarades.
L’abbé Werlen (Martin), le capitaine d’Einsiedeln, s’est esquinté l’autre jour dans une partie de badminton! Blessé à la tête. Traumatisme crânien? Heureusement, l’abbaye annonce qu’il est en bonne voie de rétablissement. Après un repos suffisant, il pourra reprendre ses activités. Quel est le divin message de cette «baleine»? L’abbé a-t-il eu tort de s’amuser avec ses copains au lieu de faire le berger? Au contraire, était-ce le seul moyen de forcer au repos un berger hyperactif? Y a-t-il une discrète invitation à jouer désormais la tête protégée d’une mitre de sport? Les nombreux messages reçus par l’abbaye après l’accident suggèrent-ils à tous les mitrés du pays de jouer résolument la carte de l’event, même risqué, afin de lancer l’Année de la foi? Un match entre cardinaux, évêques et abbés? Joué à la dure, pour montrer l’engagement des pasteurs? Joué contre les quatre mitrés d’Écône? On saurait enfin qui sont les meilleurs. Jugement de Dieu!
Le grand honneur accordé récemment par le Vatican à Mgr Grichting (Martin) est un terrible affront cruellement ressenti par les corporations ecclésiastiques du diocèse de Coire. Rome a-t-elle cherché à piéger Grichting en le livrant à la vindicte? A-t-elle plutôt piégé les corporations en les poussant dans le ridicule? A-t-elle voulu offrir une mitre symbolique à un joueur de talent, afin d’étoffer l’équipe suisse des prélats? A-t-elle estimé qu’il fallait animer la cathosphère suisse, un peu terne? A-t-elle misé, dans ce but, sur le fou rire? Et pourquoi deux Martin sont-ils frappés? À cause de l’ours Martin? L’ours est dans les armoiries de Benoît XVI! Ours qui dut remplacer un âne et servir de monture à saint Corbinien! J’attends vos saintes réactions à ces poilantes, euh poignantes questions.
p.o. Michel Salamolard
Jonas en cathosphère
De cette chronique, le soussigné n’est que le scribe. L’auteur, c’est Jonas, le joyeux baleinier de Ninive. Il m’envoie par télépathie d’étranges messages. M. S.