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Variations cathosphériques

15 décembre 2011 | 22h01

Divorcés remariés (1) Un pape s’interroge et interroge

Benoît XVI a laissé paraître dans l’Osservatore Romano un texte qu’il avait publié en 1998, quand il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il s’agit des normes ecclésiastiques régissant l’accès des divorcés remariés à l’eucharistie. Texte très intéressant, à plus d’un titre, à retrouver sur le site de l’OR, en date du 30 novembre 2011.

Chose remarquable, même s’il justifie avec minutie la doctrine connue sur ce thème brûlant, ce document n’est pas un acte du magistère actuel du pape. Benoît XVI semble plutôt revenir sur le sujet afin de s’interroger et, par conséquent, de nous interroger. Voilà qui n’est pas banal. Le futur pape se demande, dès 1998, si des ouvertures pastorales sont possibles, sans mettre en cause l’indissolubilité du mariage, clairement affirmée par le Christ.
Deux questions principales sont évoquées. Primo, dans certains cas, sans doute exceptionnels, mais à préciser, des personnes divorcées remariées peuvent-elles se prévaloir d’un jugement de leur conscience pour communier à l’eucharistie, si elles ont la ferme conviction que leur premier mariage est invalide, sans que la chose ait été établie par un procès canonique en bonne et due forme? Secundo, le mariage religieux de deux baptisés est-il forcément sacramentel, et de ce fait indissoluble, même si, comme cela arrive hélas, les époux ne croient pas ou ne croient plus au moment de leur mariage?

Il est courageux d’oser poser de telles questions. Cela témoigne du souci pastoral aigu de Benoît XVI. Il invite ainsi les théologiens, les évêques et nous tous à une réflexion exigeante, tenant compte des réalités d’aujourd’hui.
Deux graves difficultés, une pour chaque question, apparaissent immédiatement. Elles ne sont peut-être pas insurmontables, mais elles barrent la route à des solutions simplistes. Si on admet, première hypothèse, la légitimité d’un jugement de conscience des personnes elles-mêmes sur la validité de leur première union, dans certains cas et à certaines conditions, il faudra bien indiquer ces cas et ces conditions. Mais peut-on cadrer par des normes objectives un jugement de conscience, par nature subjectif? N’y a-t-il pas là une contradiction, au moins apparente?

La seconde hypothèse, celle d’un mariage non sacramentel de baptisés n’ayant pas la foi, pose également problème. La validité du sacrement peut-elle dépendre des dispositions subjectives des personnes? Cela ne reviendrait-il pas à faire du sacrement un acte humain plutôt qu’un acte divin? L’ex opere operantis pourrait-il empêcher l’ex opere operato?

Joseph Ratzinger est conscient de ces difficultés, on le sent dans sa manière prudente de s’exprimer. Pourtant, il invite à pousser la réflexion. Cela ressort aussi d’un entretien de Benoît XVI avec le clergé d’Aoste en 2005, cité dans une note ajoutée au texte de 1998. Le pape n’exclut donc pas que des réponses soient possibles aux questions posées.

En attendant que celles-ci soient trouvées, un point de la doctrine classique de saint Thomas pourrait indiquer une voie praticable dès maintenant. Un prochain article tentera de la suggérer.
 

Michel Salamolard


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