Fioretti de Mgr Nestor Adam (4) Bon sens, accueil, humour
Bienvenue à l’évêché! Mgr Adam conserva comme évêque de Sion le...
Mgr Adam s’est rallié à Vatican II, sans arrière-pensée. Sa fidélité à l’Église était inconditionnelle sur l’essentiel. Il n’y mêlait pas ses états d’âme. Après la publication en 1968 de l’encyclique Humane Vitae, mal reçue, y compris par beaucoup de catholiques, l’évêque de Sion crut bon d’adresser un message à ses diocésains. Il leur disait, en résumé: Qui ne suit pas les orientations du pape n’est plus vraiment catholique. On lui demande des explications. Qu’est-ce que cela signifie? Une excommunication? Il nuance et précise sa position. Un évêque, rappelle-t-il, doit exhorter ses diocésains à obéir au pape en matière de foi et de morale, même quand il ne s’agit pas d’un enseignement infaillible. Au cours d’un entretien privé, il me confie textuellement: «Je n’aime guère Montini, mais j’obéis à Paul VI.» Son désamour pour ce pape n’était pas sentimental, mais pastoral. L’évêque n’appréciait guère la ligne du pontife en certains domaines, mais il ne la désavouait jamais.
Vatican II a clairement reconnu que l’ordination épiscopale est sacramentelle. Nestor Adam donna son adhésion à cette position, même si elle lui semblait discutable. Mais, dans son for intime, il conserva le vieux fonds de sa théologie thomiste, selon laquelle l’épiscopat n’est pas véritablement un sacrement, mais le simple prolongement de la prêtrise, avec des pouvoirs juridiques et des responsabilités plus étendus. Sitôt après avoir remis sa démission d’évêque de Sion, à l’âge prévu par le droit, il suivit librement la pente de son esprit et devint simple curé de Bourg-Saint-Pierre, petite paroisse, pas spécialement «pratiquante», au pied de son cher hospice du Grand-Saint-Bernard. Logique avec lui-même jusque dans le détail, il demanda à son successeur, Mgr Schwery de corriger l’annuaire diocésain! Ce qui fut fait. Les années suivantes, on put lire dans ce document officiel les indications suivantes: «Mgr Henri Schwery… ordonné évêque le…», mais «Mgr Nestor Adam… sacré évêque le…, curé de Bourg-Saint-Pierre»! Malicieux pied de nez à la théologie conciliaire, digérée en partie seulement sur ce point!
Convoqué à Rome, un beau jour, Mgr Adam arrive ponctuellement, à l’heure prévue, dans le bureau d’une éminence cardinalice de la curie pontificale. Il se présente. Un secrétaire, préposé à la réception, se rend auprès du cardinal, revient en s’excusant: «Son Éminence vous prie de patienter quelques minutes. Le temps de terminer un entretien.» Le temps passe, l’évêque attend. Après un moment, il s’adresse derechef au secrétaire: «Veuillez s’il vous plaît m’annoncer à nouveau à M. le cardinal.» Le secrétaire s’en va, s’en revient: «Son Éminence vous demande encore un peu de patience. Ce ne sera pas long.» Mgr Adam reprend sa place et, sans doute, son chapelet. Quelques dizaines d’Ave plus tard, il se lève et déclare au préposé: «Vous direz à M. le cardinal que l’évêque de Sion… est à Sion!» Et de tourner les talons, dignement. Je ne crois pas que ce fut l’effet d’un banal agacement. Nestor Adam n’était ni imbu de sa personne ni caractériel. En revanche, il estimait que la politesse n’est pas à sens unique et qu’un évêque diocésain de l’Église romaine n’est pas le valet d’un cardinal de curie.
Michel Salamolard