Elle crée quasiment une crise politique en France. Elle s’insinue en Suisse, glissée dans les valoches de pseudo-scientifiques, refilée comme de la came par des journaleux naïfs à des consommateurs accros du grand-guignolesque et du grotesque, les mêmes qu’ont vu, de leurs yeux vu, la soucoupe volante atterrir dans leur potager. Elle arrive, LA GÉNÉRALITÉ!
Hé, hé! Z’aimeriez en savoir plus? M’en vais vous rencarder vite fait. Gratis pro Deo, comme d’hab. La généralité, c’est tout bêtement – je pèse mes mots, spécialement çui-là, «bêtement» – LE NOUVEAU NOM DE LA SEXUALITÉ. Eh, oui! Des qui se croient malins ont découvert le pot aux roses, caché depuis la fondation du monde. – Ciao, Girard! Non, t’as pas le monopole de l’expression! – Pot aux roses ou pot aux choux, comme on veut. Les écailles vont vous tomber des yeux et se briser par terre, attention aux éclats coupants! LES SEXES N’EXISTENT PAS! Pure invention culturelle! Dans la nature, rien, que dalle, pas de sexes. Les attributs de Monsieur? Inconsistants fantômes. Les avantages de Madame? Purs phantasmes. Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe! Dire qu’on y a cru pendant des millénaires! Comme au Père Noël. Mais aujourd’hui, la vérité sort du puits. Toute nue. Sans sexe.
Mais j’vous vois venir, avec vos gros sabots. Z’allez me balancer des objections idiotes. Du genre: «Mais alors, c’est quoi ce frémissement qu’on ressent devant des personnes qu’elles sont pas comme nous? Pourquoi y en a des humains qu’ont de grosses moustaches et d’autres une p’tite voix flûtée? Et comment on a fait les enfants qu’on trouve pas dans les choux chinois? Et comment on savait à la naissance que c’était l’p’tit Sébastien et pas la p’tite Marie?»
Taratati, taratata! Y a pu d’sexes, mais Y A DES GENRES! Chacun choisit le sien. C’est pas pour toujours, tu changes quand tu veux. Quelques échantillons de genres disponibles: hétéromâle, hétérofemelle, gay, lesbienne, bi, trans, pédo (mal vu), sado, branlo, maso... Tu peux mixer des genres pour en créer de nouveaux. Et Youplaboum! Donc, la sexualité, c’est quand y avait des sexes. Avec les genres, on dit pu sexualité, mais généralité. Généralité vient de genre, comme sexualité venait, y a longtemps, de sexe.
Voici quèques indications pour mettre à jour vot’ vocab’laire. Y a la généralité infantile, la généralité adolescente et la généralité adulte. Freud a écrit TROIS ESSAIS SUR LA THÉORIE DE LA GÉNÉRALITÉ. Foucault a écrit une HISTOIRE DE LA GÉNÉRALITÉ. Oui, il existe des troubles de la généralité. Y a aussi la généralité des abeilles et la généralité des bonobos. Y a la généralité débridée et la généralité sublimée, la généralité frustrée et la généralité épanouie. En mai 68, y a eu la libération de la généralité. On dit pu non pu «prostituées, prostitués», mais «travailleuses et travailleurs du genre».
Est-ce qu’on peut encore parler d’un «tableau de genre», du «genre des mots», d’un «genre de chapeau», d’un «genre de liturgie»? Petit cochon, va! Tu vas tout d’même pas voir du sexe partout, hein?
En 2012, j’vous souhaite une généralité heureuse, riche en émotion et affection. Si t’es célibataire comme moi, puisse ta généralité produire d’abondants fruits spirituels!
p.o. Michel Salamolard