"Apportons à Dieu nos croix quotidiennes, avec la certitude qu’il est présent"
"Les deux évangélistes (Marc et Matthieu) rapportent la prière de...
Qu’est-ce que les croyants chrétiens peuvent supporter patiemment, en fait d’insultes à ce qu’ils ont de plus sacré? Réponse: tout. Qu’est-ce que les citoyens chrétiens peuvent supporter patiemment, en fait d’insultes à ce qu’ils ont de plus sacré? Réponse: rien. Tel est le défi paradoxal à relever aujourd’hui. Posons la question autrement. Pourquoi les chrétiens doivent-ils s’opposer aux insultes publiques infligées au Christ en Croix?
Éliminons les réponses insuffisantes, même si elles méritent considération: tous les citoyens ont droit au respect de leurs valeurs, au nom même de la laïcité et des droits humains, par exemple. Ce n’est que trop vrai, mais certains chrétiens rétorquent à cela que Jésus fut moqué, qu’on lui cracha au visage, que sa croix fut un supplice infâmant et public. Donc, rien de nouveau sous le soleil. Les insultes infligées au Christ feraient partie de la normalité. De plus, ne devons-nous pas pardonner, comme Jésus, à ceux qui nous offensent?
Oui, telle doit bien être notre attitude spirituelle. Elle nous interdit de juger et de haïr les personnes. Mais nous avons le droit et même le devoir, en revanche, comme tout citoyen, de ne pas tolérer des actes indignes de la part de quiconque.
Que faut-il entendre par actes indignes? Il ne s’agit pas des critiques et des dénonciations de méfaits commis par les adeptes, chrétiens ou non, d’une religion. On peut et on doit nous reprocher, même vertement, l’Inquisition, l’évangile trahi par des ecclésiastiques avides de pouvoir, les abus sexuels commis par des prêtres et des religieux, etc. De telles attaques sont non seulement légitimes, elles nous sont aussi très utiles. Nos péchés sont la plus grave insulte à l’amour du Christ. Tant mieux si on nous le rappelle.
Il en va tout autrement lorsque c’est le Christ qui est bafoué, notamment le Christ en Croix, victime parmi les victimes, au cœur de la tourmente de violence et de haine qui ne cesse de s’abattre sur des innocents, manifestant, au cœur de cette obscurité, un amour plus grand que nos péchés. Insulter ce souffrant-là, c’est insulter tous les souffrants. C’est approuver les bourreaux, ceux qui humilient, torturent, c’est se faire l’un d’eux.
Si nous acceptions que ce qu’il y a de plus noble et de plus sacré dans notre foi, le respect de l’Innocent torturé, soit insulté publiquement, nous approuverions ipso facto le principe que soit insulté ce qu’il y a de meilleur en toute religion, en toute spiritualité. Nous admettrions, consciemment ou non, qu’on insulte publiquement le meilleur de tout humanisme, qu’il soit athée, bouddhiste, musulman, juif ou chrétien.
Autant nous devons accepter, comme tout citoyen, qu’on nous reproche d’éventuelles trahisons de notre idéal et de celui des droits humains, autant nous devons refuser qu’on bafoue cet idéal lui-même et ceux qui l’ont véritablement incarné.
Toute spiritualité, toute philosophie, religieuse ou non, exprime au moins quelque chose de la dignité humaine. En cela, elle nous protège de l’horreur et nous sauve de l’inhumanité. Insulter cette part-là, c’est cracher au visage de tout homme, de toute femme, qui souffre, qui appelle au secours. Les chrétiens, qui refusent l’expression subventionnée de la haine et de la bêtise, protègent le respect de tous, à commencer par les mal-aimés de nos barbares idéologies, de nos crimes banalisés.
Michel Salamolard