Folie d'un célibat contre-nature
L'émission Temps Présent de la Télévision Suisse Romande a traité...
Le pitre du blog d’à côté, le soi-disant Jonas, fait le malin avec son célibat. Il a raison, mais je crains une chose. D’autres farouches partisans du célibat ne vont-ils pas être encouragés, par de tels propos prophétiques, sans doute exagérés, à défendre bec et ongles, «sur la Terre comme au Ciel», l’obligation inamovible du célibat des prêtres?
Rassurez-vous, je ne les en blâmerai pas du tout. Prêtre célibataire moi-même, nullement torturé de ce fait, je comprends parfaitement les multiples convenances du célibat avec la prêtrise, pour faire écho à la position expresse de Vatican II. Mais convenance n’est pas nécessité, le saint concile l’a clairement affirmé aussi.
Toutefois, le célibat n’est pas le thème du présent billet. Laissons le débat ouvert et la nécessité faire loi. Quelle nécessité? Quelle loi? Que retentisse à nos oreilles le dernier coup de canon du droit canon! «Le salut des âmes doit toujours être dans l’Église la loi suprême» (canon 1752). Salus animarum suprema lex. Or, en la catastrophique pénurie de prêtres où nous sommes, des questions se posent forcément. Qu’est-ce qui est plus utile au salut des âmes, le célibat de tous les pasteurs ou l’eucharistie chaque dimanche, avec des prêtres ordonnés pour la présider? Des animateurs laïcs, capables de tout (au bon sens de l’expression!) sauf de présider l’eucharistie, ou des hommes éprouvés, formés, mariés, ordonnés pour faire qu’une communauté de vie et de prière devienne eucharistie, source de salut pour la vie du monde? De tels viri probati existent. Manque la volonté de les ordonner afin de contribuer ainsi au «salut des âmes».
Mais, je le répète, mon sujet n’est pas aujourd’hui le célibat. J’aimerais plutôt montrer, par quelques exemples, combien est futile l’argument, ou l’illusion, de ceux qui craignent le changement en matière de discipline ecclésiastique, notamment sacramentaire. Dans ce vaste domaine, il n’y a guère de «tradition de toujours», sauf pour trois réalités: eau du baptême, pain et vin de l’eucharistie, masculinité des évêques et des prêtres. Partout ailleurs, le changement prédomine. Précisément à cause de la maxime souveraine, énoncée par le droit canon. Conséquence: Sacramenta propter homines, et non l’inverse.
Voici un bref rappel de changements importants. Le célibat des prêtres n’a pas toujours été obligatoire; des laïcs ont été reconnus ministres autorisés du sacrement de l’onction des malades; et même, en cas de nécessité, du sacrement de réconciliation. Ce sacrement, le pardon, a connu une énorme évolution dans ses modalités concrètes; la discipline actuelle est loin d’avoir toujours régné, rien n’assure qu’elle doive régner toujours. La célébration du mariage, telle que nous la pratiquons, est relativement récente. Même la discipline de la préparation et de la célébration du baptême, premier de tous les sacrements, a varié. Il a fallu Vatican II pour que l’épiscopat soit reconnu comme une ordination proprement dite et non comme une simple juridiction augmentée.
En ce qui concerne les prêtres, l’Église du moyen âge en a ordonné beaucoup uniquement pour célébrer la messe, sans charge de communauté. Ce n’est pas un exemple à suivre, mais on pourrait s’en inspirer. Des viri probati, ordonnés prêtres afin de rassembler une communauté pour l’eucharistie, sans assumer la charge proprement dite de curé, illustreraient bien une adaptation de la discipline actuelle, en vue du «salut des âmes».
Michel Salamolard