La «faute» du Cardinal
Nous voici rendus au 11 octobre, soit un an exactement avant le 50ème...
Les lefebvristes sont devant un choix crucial. Qu’ils renâclent à signer le «Préambule» imposé par le Vatican ne m’étonne pas. Je n’ai pas besoin de lire ce document pour deviner la substance de son contenu: acceptation du dernier concile et obéissance au pape. Benoît XVI ne peut exiger moins que ces deux adhésions, sous peine de trahir à la fois sa mission et toute la tradition catholique. Ce double oui, en effet, constitue le socle porteur de tous les dogmes catholiques. Ôtez-le, tout s’écroule. Mais ce minimum vital est précisément ce que les disciples de Mgr Lefebvre ont refusé jusqu’ici. Changeront-ils d’avis? Quelles raisons, on ne peut plus traditionnelles, pourraient les pousser à la conversion? Analyse minute.
Acceptation du concile Vatican II. Les décrets d’un concile ne sont pas un assortiment d’articles à choix. C’est un ensemble qui s’impose comme tel. Un catholique qui rejetterait une seule pièce majeure des décrets de Vatican II – ecclésiologie, liberté religieuse, œcuménisme – rejetterait de ce fait l’autorité même du concile. Mais un catholique récusant l’autorité d’un seul concile ébranle ipso facto l’autorité de tous les conciles! En effet, il agit selon un principe revendiqué par tous les hérétiques au long de l’histoire chrétienne: un baptisé, selon ce faux principe, peut juger un concile. Cette position lefebvriste est contraire à la Profession de foi tridentine (Bulle «Iniunctum nobis», Pie IV, 1564), pour ne citer qu’un seul parmi les actes du magistère, qui obligent à recevoir et professer tout ce qui a été transmis par les conciles œcuméniques.
Soumission religieuse au pontife romain (et aux évêques). Le concile Vatican I (1870) a défini non seulement l’infaillibilité papale, mais aussi le «pouvoir plénier et souverain de juridiction [du pontife romain] sur toute l’Église, non seulement en ce qui touche à la foi et aux mœurs mais encore en ce qui touche à la discipline et au gouvernement de l’Église». Les lefebvristes rejettent pratiquement cette obligation-là, ils vivent en désobéissance permanente. Avant d’être rebelles à Vatican II, ils le sont à Vatican I.
Dans l’impasse où elle s’est retranchée, la Fraternité Saint-Pie-X doit affronter un terrible dilemme. Ou bien elle signe le Préambule, ou bien elle s’y refuse. Dans le premier cas, elle «renierait» de facto la posture d’insoumission de son fondateur. Pénible! Ce serait pourtant le chemin ardu, celui de la fidélité, de l’honneur et du bonheur catholiques. Dans le second cas, si elle ne signait pas, elle verrouillerait de ce fait derrière elle – pour toujours? – la porte de sortie de l’impasse. Pénible aussi! Car la FSSPX se retrouverait alors face au mur de la Tradition, qui barre la voie de la contestation du magistère, celui du concile comme celui du pape. Il n’est pas exclu que cela décourage à la longue de possibles vocations.
On imagine les conflits d’opinion et d’intérêt au sein de la Fraternité, les pressions exercées par ceux qui la soutiennent, moralement, mais aussi économiquement! Tous sont concernés par l’alternative: réintégrer la communion catholique ou persister dans la dissidence, mais privés désormais de toute excuse, après les gestes bienveillants consentis par le pape. La limite des concessions possibles est atteinte. Rude bataille, dans les cœurs et dans les réseaux! Impossible d’être à la fois pleinement lefebvriste et pleinement catholique! Un tel constat ne fait pas qu’énoncer crument le problème, il en suggère aussi la solution. C’est le choix résolu de la fidélité au magistère. Un tel choix clairement fait et déclaré permettrait l’évolution catholique de la Fraternité, dans l’élan du meilleur de son identité.
Michel Salamolard
Merci de votre commentaire.
Merci de votre commentaire. Je le partage. En effet, pour ma part la surenchère que mène la Fraternité ne doit pas être acceptée. Les gestes d'ouverture et de bienveillance ont été multipliés par le Saint-Père. J'ai le sentiment que du côté d'Ecônes on confond bonté avec faiblesse. Je crois que si l'on aimait vraiment notre Eglise Catholique et universelle, on s'apercevrait qu'il y a de la place pour tous les courants de pensées et pour toutes les traditions. Deux conditions, pour moi, pour préserver l'unité c'est l'acceptation du Concile Vatican II et, comme vous le dites, la fidélité au magistère. La messe selon le rite tridentin n'est plus qu'une excuse et un cheval de bataille auquel plus personne ne croit. Ce sont plutôt, selon moi, 50 ans de séparation, de critiques et de contestations qui rendent difficile le retour au bercail. En se sens, ce qui c'est passé juste après le Concile et ce qui se passe maintenant, notamment en Autriche, peut sans doute effrayer et même desservir l'objectif de l'unité tout en jetant une ombre trouble sur l'avenir de l'Eglise. En effet, comment imaginer la co-existence de courants aussi hétérogènes l'un traditionaliste et l'autre voguant vers une forme de "réforme protestante" sans l'acceptation d'un même magistère, d'une même autorité et d'une même communion. En définitive, les extrêmes se rejoignent dans un seul et unique combat la destruction de l'unité. Satan est là qui rode. Les séparations tout comme les maladies ne font qu'affaiblir le corps. Dans notre monde, nous avons besoin de toutes les forces pour le mener à plus de justice et de paix. Pour le mener à la Vérité et à la Lumière qu'est Jésus. Ce sont des hommes qui interprètent à leur manière la volonté du Christ et les texte. Des hommes qui prennent en otage leurs fidèles en les détournant de l'essentiel. Et l'essentiel c'est Dieu, car lui seul suffit. Alors, je demande si nous aurons plus la foi parce que la messe sera en latin ? Aurons-nous plus de vocations parce que nous aurons abandonné le célibat sacerdotal. Aurons-nous plus d'amour envers le prochain parce que nous aurons préservé la Tradition dans un camp et l'aurons détruite dans l'autre ? Parlerons-nous mieux du Royaume et de Dieu parce que nous aurons adapté au siècle les principes de la morale catholique. Est-ce en abdiquant que l'on gagne ou que l'on perd. La peur est reine des deux côtés. Peur du renouveau et peur de l'ancien. Nous n'avons pas su tirer profit des richesses que le Concile nous a données. Et pourtant tout est là. Dans les textes conciliaires, dans la liturgie sans parlé du missel Paul VI. Mais attention, ceux qui ont oeuvré, de manière sauvage, après le concile à la destruction et à la dévastation de ce qu'avait été l'Eglise d'avant concile, portent une lourde responsabilité dans cette affaire et dans cette situation. De la douceur, du bon sens, de la retenue, de l'humilité mais surtout de l'amour et de la confiance auraient permis l'avènement d'une Eglise post-concilaire sans les distorsions que nous lui connaissons aujourd'hui et les débats qui s'y mènent. Le Christ ne nous dit-il pas de ne pas avoir peur et de Lui faire confiance. Ne nous dit-il pas qu'il sera avec nous jusqu'à la fin des temps. Dans cette phase particulière de la vie de notre Eglise, faisons-lui confiance.