Aux bonheurs de Jésus (2) Ami des pécheurs
L’autre grand bonheur de Jésus, constitutif de son identité, est...
En écho à mon récent billet «Jésus, l’ami des pécheurs», voici quelques réflexions sur les conséquences pastorales que l’Église pourrait en tirer. La question décisive est simple, acérée: Comment l’Église catholique manifeste-t-elle publiquement et clairement qu’elle aime et accueille les pécheurs à l’exemple de Jésus?
Rappelons les traits caractéristiques de la pratique de Jésus. Il prend l’initiative de rencontrer les pécheurs, de leur offrir son regard de tendresse, de les mettre en communion avec lui. Contrairement aux guérisons, opérées en réponse à des prières, les pardons sont offerts sans avoir été demandés: au paralysé de Capharnaüm, à la femme adultère, à Zachée… Jésus n’exige de personne un aveu verbal de ses fautes. L’inspection du passé ne l’intéresse guère. En revanche, son amitié prévenante ouvre aux pécheurs un avenir.
Les désormais interdites célébrations communautaires avec absolution collective, sans aveu détaillé des fautes, reflétaient bien la pratique de Jésus. Elles ont permis à de nombreux catholiques, là où l’évêque les autorisait, d’expérimenter la grande joie du pardon et de la libération spirituelle. Elles ont nourri l’élan de beaucoup dans une dynamique de conversion permanente. Elles n’ont empêché personne de célébrer le sacrement de façon privée, à travers la rencontre plus personnelle avec un prêtre.
En attendant une possible révision de la discipline actuelle – par Vatican III! –, inutile de gémir et de se murer dans le regret ou dans la contestation. Il est possible aujourd’hui d’offrir des célébrations communautaires du pardon, non sacramentelles, au sens strict, mais qui pourraient se révéler fécondes.
Un principe théologique évident peut fonder de telles célébrations. Le pardon de Dieu précède toutes nos initiatives et tous nos aveux. C’est un effet totalement gracieux du mystère pascal, qui enveloppe l’ensemble des pécheurs. Nous pouvons non pas le mériter, mais l’accueillir comme un don gratuit. Cet accueil de notre part peut prendre différentes formes privées ou publiques, sacramentelles ou non. On connaît l’histoire mouvementée, variée de la discipline ecclésiastique dans ce domaine. Rien ne nous empêche d’être créatifs dans le cadre posé par notre Église.
Un principe pastoral pourrait ouvrir de nouvelles voies. Il s’agirait de reconnaître la valeur d’une célébration communautaire de réconciliation, sans absolution – mais pas sans pardon! Une telle célébration pourrait être conçue comme une étape vers le pardon sacramentel. Elle manifesterait l’accueil, l’amitié prévenante du Christ et de son Église pour les pécheurs. Elle entretiendrait ou relancerait une dynamique de conversion. Elle ouvrirait, au moins pour certains, le chemin vers la célébration sacramentelle, bien mieux que des injonctions dont on mesure le peu d’efficacité.
Quant à la structure de ces célébrations «sacramentales», elle obéirait au rythme de toute célébration: accueil, écoute et méditation de la parole de Dieu, prières vocales et gestuelles, dans un climat de fête et de rencontre.
Pâques arrive tôt cette année. Un évêque osera-t-il, en Suisse, encourager et guider une pastorale rénovée et fidèle du pardon?
Michel Salamolard