«J’ai pas de femme, mais j’ai un vélo…»
Enfant on m’a attribué le «titre de noblesse»: grenouille...
Aujourd’hui, bonnes gens, éloge d’un journaliste. Il se permet, en y mettant des gants… de boxe, de critiquer la sainte Église dans un billet pas piqué des vers. Non, je ne serai pas gentil longtemps. Demain, je reprends mon regard farouche, je trépigne, me dresse sur mes ergots, fustige quelque autre journaleux. Kheu, kheu, kheu, pardon, ce n’est que la toux d’un prophète indigné, mais revenons à nos moutons, que dis-je, à notre blanc mouton.
C’était il y a quelques semaines, dans une gazette régionale. Gazette haute en couleur, pas toujours hélas en pensée, mais passons… Le journaliste, semble-t-il, vient d’assister à un mariage dans une église chrétienne. Papiste? Parpaillote? Il ne précise pas. La volée de bois vert s’abat sur tous. L’homme implore à genoux: «Seigneur, protégez-moi des mariages!»
D’où lui vient ce cri du cœur? Du fond, du tréfonds d’une abyssale déception. Il fustige ces prêtres et ces pasteurs qui, pour complaire à des couples de vague appartenance chrétienne, mais allergiques aussi bien aux prières trop explicites qu’aux textes bibliques, bricolent des cérémonies fades et sans âme, pareilles à de l’eau, non, pas l’eau-de-vie, mais l’eau du robinet, incolore, inodore et insipide. Et de fulminer: «Les gens d’Église qui se prêtent à ces comédies grotesques font preuve de lâcheté et d’abandon, et témoignent d’une foi bien fragile dans leur sacerdoce.»
En finale, c’est le bouquet, il n’insinue rien de moins que ceci. Prêtres et pasteurs pourraient être aussi responsables, en cautionnant de telles «cérémonies bidons… tellement cool» mais vides de sens, responsables, articulais-je, de l’échec d’un mariage sur deux. Là, il se plante, la patate. Mais cela dit, quel bon sens dans son indignation! La belle attente aussi que prêtres et pasteurs hissent les fidèles un poil plus haut que leur plancher ordinaire! Comment résoudre le problème? Entre funeste rigueur et complaisance molle, les pasteurs avancent souvent sur la corde raide, au bord de deux abîmes. À droite, le risque d’éteindre la mèche qui fume encore. À gauche, le danger de ne pas allumer la moindre étincelle.
Heureusement pour vous, moi, Jonas, après tant de lâchetés, de naufrages vécus, je tiens la solution! Oui, je veux bien vous la livrer, gratis pro Deo. Les tonnes de gentillesse et de bonté dont votre cœur déborde, pasteurs, investissez-les dans l’accueil, dans l’établissement d’une relation cordiale et joyeuse. Une fois le contact bien établi, quand le courant passe, que vous connaissez mieux la situation humaine et religieuse des tourtereaux, dites-leur (oui, vous pouvez prendre des notes, je dicte): «Nathalie, Steve, je me réjouis de tout cœur avec vous! Soyez heureux! Si vous êtes venus me trouver, c’est parce que vous attendez de moi, prêtre, un vrai service religieux. Merci de votre confiance. Voici donc ce que votre Église vous offre, afin de célébrer dignement votre amour. À vous ensuite de saisir cette offre ou non.» Après cette petite intro, énoncez en priorité ce qu’il y a de plus spécifique dans la célébration d’un mariage chrétien, ce qui lui donne sens, forme et couleur. Excluez d’avance un mélange des genres. Surtout, montrez les avantages, pour ce couple, d’une vraie célébration chrétienne. N’entrez pas en négociation sur l’essentiel. «Mes amis, si je faisais ce que vous me demandez là, je vous fourguerais de la contrefaçon. Je vous estime trop pour vous tromper sur la marchandise.» Succès garanti! Mariage ou pas? Les amoureux choisiront en vérité. Vous resterez bons amis. Non, ne me remerciez pas du conseil, lecteurs, c’est tout naturel, entre collègues, de pratiquer comme moi l’infinie générosité! Hum…
p.o. Michel Salamolard