Le 9 janvier dernier Mgr Brunner a présenté ses vœux au Haut-Conseil d'Etat valaisan. On ne doute pas que ce genre de rencontre protocolaire est des plus conventionnelles, même si elle ne peut que favoriser les bonnes relations entre les autorités politique et ecclésiastique dans le Canton du Valais.
Pour la 16ème fois l'Evêque de Sion s'est donc plié au rite de l’échange de vœux. Faisant référence à sa participation à l'action "SOS enfants de chez nous", il s'interroge sur la jeunesse d'aujourd'hui, et pour "relativiser" sa perception des choses, il n'hésite pas à citer Socrate et à rappeler l'engagement de parents et des autorités. Il y place aussi quelques traits d’humour, dont un nous fait découvrir ceux qui «se saoulent et qui rentrent à la maison en plus piteux états que les valaisans après la défaite de Marignan».
Mais sur le fond, le regard du pasteur est courageux et la parole est claire. Il sait mettre en perspective les contradictions d'une société qui passe d'un évènement (ou d'un scandale) à l'autre. Ainsi ose-t-il proposer ce regard croisé: «D’un côté, il n’y a pas si longtemps, un ancien conseiller d’État a été mis en accusation, puis condamné pour avoir laissé abattre un loup avant d’en avoir reçu l’autorisation légale. De l’autre côté, une majorité du peuple a voté une loi permettant que chaque année des milliers de vies humaines puissent être supprimées dans des délais légaux. D’un côté, un président de la République fédérale d’Allemagne est sommé de se justifier pour avoir reçu un prêt accordé par une famille amie. De l’autre côté, des milliers de citoyens refusent de contribuer aux dépenses de l’État parce que la différence subtile entre fraude et évasion fiscale leur en donne la possibilité légale. D’un côté, un président de banque est poursuivi et condamné à cause d’un gain de quelques milliers de francs. De l’autre côté, des banques peuvent perdre des milliards tout en continuant de permettre à des milliers de collaborateurs d’empocher des bonis exagérés. D’un côté, des prêtres, des éducateurs ou des moniteurs sont condamnés pour actes sexuels sur mineurs. De l’autre côté, notre société «hyper-sexualisée» est de plus en plus permissive, même en ce qui concerne l’éducation sexuelle à l’école primaire».
Mais, que faire? Mgr Brunner ne tombe pas dans le piège des solutions faciles, celles, du reste, qui n'existent pas, évitant ainsi "d'envoyer un bouc émissaire dans le désert". Il prend le chemin de la persévérance et du courage: «Nous devons nous préoccuper bien davantage, dans le cadre de nos propres responsabilités, de soutenir les parents, de soutenir nos écoles et nos autorités dans tous leurs efforts pour bâtir une société plus juste et plus sociale, une société meilleure. Nous le faisons quand nous éduquons les jeunes à la vérité et à la liberté, à la justice et à la paix, comme le dit le pape Benoît XVI dans son message de Nouvel An. (...) C'est dans ce sens que je souhaite à notre gouvernement de voir ses "sujets" soutenir et appuyer tous les efforts qu'il fait en ce sens.»
Que dire de nouveau sur la jeunesse depuis Socrate? Peut-être est-elle le reflet de la société des adultes, fidèle à ses pères, même si ces derniers sont des militaires rentrant de Marignan… Parlons donc des adultes; pas seulement de leurs contradictions, mais aussi, comme Mgr Brunner, de leurs engagements au service des jeunes, qu’ils soient parents, éducateurs ou autorités politiques. Ils méritent bien les vœux du pasteur qui voit l’importance de leur charge.
Merci Monseigneur pour ce regard qui ne plaira pas à tous, mais qui aura le mérite de faire de ce moment conventionnel l'occasion d'une réflexion, peut-être même d'une remise en question.
A lire intégralement: Les vœux de Mgr Brunner, que vous pouvez découvrir en même temps que le site du Diocèse de Sion.
Dom Romain
P.S.: Ce message de l'Evêque de Sion m'avait échappé. Je profite donc pour remercier mon futur admirateur, fidèle du diocèse de Lausanne (et autres lieux) qui me l'a signalé. Il m'a aidé ainsi à "choisir" ce post et à le servir sur cath.ch.