Des cathos sur la toile

17 novembre 2011 | 18h18

Publicité mensongère

Une ligne de vêtement a publié, le jeudi 16 novembre, les photos de sa nouvelle campagne publicitaire. Nommée «"UNHATE" ("anti-haine"), du nom de la Fondation nouvellement créée et dont le but est de saper la haine en développant des campagnes visant à exorciser la ’peur de l’autre’» (cf. Apic). Le thème central est le baiser entre responsable politiques ou leaders religieux. Ainsi peut-on voir – entre autres - Benoît XVI embrassant sur la bouche l’imam Ahmed El-Tayyeb, recteur de l’Université musulmane Al-Azhar du Caire… On sait que «Les relations entre le pape et l’imam d’Al-Azhar sont difficiles, notamment depuis que Benoît XVI avait exprimé sa solidarité aux victimes de l’attentat qui avait fait 21 morts dans une église d’Alexandrie le 1er janvier dernier. L’imam avait perçu cette initiative comme une ingérence.» (cf. 20 Minutes) Afin de s’assurer que son message passe bien «Oltretevere», une affiche géante à été brièvement déployée et photographiée au Pont Saint-Ange, lieu de passage de nombreux touristes qui traversent le Tibre, pour se rendre au Vatican.

La réaction du Vatican et de son porte-parole ne s’est pas faite attendre, Le p. Lombardi a déclaré: «Il faut protester de façon décidée contre l’usage tout à fait inacceptable de l’image du Saint-Père, manipulée et instrumentalisée dans le cadre d’une campagne publicitaire à des fins commerciales, il dénonce aussi un grave manque de respect pour le Pape, une offense aux sentiments des fidèles, une démonstration évidente de comment, dans le milieu de la publicité, on peut violer les règles élémentaires du respect des personnes pour attirer l’attention par le biais de la provocation. La Secrétairerie d’Etat, ajoute le P. Lombardi, est en train d’évaluer les démarches à faire auprès des autorités compétentes pour garantir une juste protection du respect de la figure du Saint-Père». (A lire Zenit, Radio-Vatican et en italien Vatican Insider et Andrea Tornielli). Le soir même «la-marque-de-vêtement-dont-le-Vatican-ne-cite-pas-le-nom», annonce le retrait de l’image incriminée. «Il s'agit d'images symboliques  - avec une touche d'espérance ironique et de provocation constructive - pour promouvoir une réflexion sur la manière dont la politique, la foi, les idées, même si elles sont opposées et diverses, peuvent amener au dialogue et à la médiation». «Nous rappelons que le sens de cette campagne est exclusivement de combattre la culture de la haine sous toutes ses formes», a indiqué dans un communiqué le porte-parole du groupe, qui s'est dit «désolé que l'utilisation de l'image ait heurté ainsi la sensibilité des fidèles» (cf. 20 Minutes), peut-être qu’une photo du rassemblement des responsables religieux à Assises aurait «respecté la sensibilité des fidèles»…

MON GRAIN DE SEL: Cette campagne publicitaire a bien commencé, La Marque, habituée à la provocation, a parfaitement compris qu’Internet est le vecteur le plus rapide, non seulement de l’information, mais aussi de la publicité. En quelques heures, la photo outrageante et griffée était dans tous les médias, et si l’on peut enlever une affiche d’un mur, sur le net on la retrouvera toujours. L’offense de la «toile» ne se répare pas, les usagers des sites sociaux en connaissent le risque et se doivent d’être prudents avec la mise en ligne de leur image (en photo ou en texte). Se dire «désolé d’avoir heurté la sensibilité des fidèles» est de la pure hypocrisie, de la part d’une firme habituée à utiliser les images chocs pour se faire de la pub! Comme si les communiquants ne se doutaient pas des suites qu’aurait ce photomontage. Je pense même que le communiqué annonçant le retrait de l’image était prêt avant même sa mise en ligne. L’info sur le net n’est pas une question de jour ou de semaine, quelques heures suffisent à faire passer le message: «C’est nous, ne nous oubliez pas». Le communiqué ne retire rien, il en rajoute simplement une couche! «Opération réussie», pour reprendre la conclusion des Matinales de la Vie. Il faut aussi noter la réaction extrêmement rapide et ferme du Saint-Siège, très certainement la meilleurs réaction dans ce cas de figure. Ce que l’on peut retenir de cette dernière provocation est certainement la remarque du père Lombardi: «comment, dans le milieu de la publicité, on peut violer les règles élémentaires du respect des personnes pour attirer l’attention par le biais de la provocation», et la question, «comment protéger l’image d’une personne publique, ainsi que le respect auquel il a droit?» Car aujourd’hui une marque et un logo semblent mieux protégés que les personnes «utilisées» sur ces images. Qu’adviendrait-il à celui qui détourne un logo à l’usage de sa publicité, ou pour faire sensation auprès des foules? La loi règle ces questions, elle protège les biens matériels et conduit le contrevenant au tribunal pour contrefaçon. Une fois encore, c’est la personne humaine qui n’est pas respectée, qui est utilisée avec mépris et en méprisant ceux qui lui sont attachés.
 

Dom Romain

 

Dernière nouvelle: Le Saint-Siège va saisir la justice contre Benetton


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