Le plus grand commandement
30e dimanche A (Mt 22, 34 - 40) «Quel est le premier de tous...
Aujourd’hui il est bon de se redire pourquoi nous fêtons Dieu de manière si solennelle et pourquoi l’Eucharistie est si importante dans nos vies. Historiquement, l'Eglise universelle ajouta cette fête au calendrier liturgique au 13e siècle. C’est une époque où la piété populaire désirait fortement voir l’hostie consacrée, qui jusque-là était cachée derrière le jubé (un mur qui séparait le chœur de la nef). De voir l’hostie consacrée à la messe, l’idée s’est élargie jusqu’à la contempler hors de l’église, lors d’une procession solennelle. Ainsi le Pape Jean XXII, au début du 14e siècle, demanda de compléter la fête par une procession solennelle où le très Saint Sacrement serait porté en triomphe. Ainsi, le sens de la procession solennelle le jour de la Fête-Dieu est de sanctifier et bénir, par la présence de Jésus-Christ, les rues et les maisons de nos villes et de nos villages.
Mais cette fête est aussi pour nous l’occasion de se redire ce qu’est l’eucharistie. Dans la deuxième lecture de cette fête, saint Paul nous présente l’Eucharistie comme le sacrement de l’unité. «Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain» écrit Paul une vingtaine d’années seulement après l’événement fondateur.
Oui, comment faire pour « avoir part » à un seul pain ? La réponse est donnée dans l’évangile avec une affirmation en soi assez choquante de Jésus : «si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous». Il faut donc manger la chair et boire le sang de Jésus pour être vraiment uni à la vie divine et former un seul Corps.
Voilà que l’on peut s’interroger : que veut dire «manger la chair?». Serions-nous cannibale? bien sûr que non! La chair au sens biblique, ce n’est pas la viande, la chair, c’est TOUTE LA PERSONNE. Ainsi le pain que Jésus donne, C’EST TOUTE SA PERSONNE, tout ce qu’il est. Ce pain, c’est donc toute SA VIE.
Manger est vital pour l’homme. Vous le savez tous, SI ON NE MANGE PAS, ON MEURT TRÈS RAPIDEMENT. Celui qui n’a pas d’appétit doit vite aller trouver le médecin, parce que c’est le signe que quelque chose ne va pas du tout dans sa santé. Il en est de même pour le Corps du Christ : «… celui qui me mangera vivra par moi. Tel est le pain qui descend du Ciel: il n’est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux il sont morts; celui qui mange ce pain vivra éternellement». AINSI, IL FAUT MANGER LE CORPS DU CHRIST POUR ÊTRE UNI À JÉSUS, POUR ÊTRE EN VIE, POUR AVOIR PART À LA VIE ÉTERNELLE.
Jésus dira même cette phrase étonnante: «celui qui me mangera vivra par moi».
Cette phrase est peut-être l’une des plus denses de tout l’évangile. Dans la nature, c’est toujours L’ÊTRE SUPÉRIEUR QUI ASSIMILE À LUI-MÊME L’ÊTRE INFÉRIEUR : le végétal transforme en lui-même de la matière inorganique, l’animal transforme en lui-même les végétaux qu’il mange, le carnivore transforme en lui-même la viande qu’il mange. Il en est de même pour l’homme, au sommet de cette pyramide, l’homme QUI ASSIMILE TOUT CE QUI LUI EST INFÉRIEUR.
Maintenant posons-nous une question intéressante. Que se passe-t-il quand un homme mange le corps du Christ ? QUI ASSIMILE QUI ? EST-CE L’HOMME QUI ASSIMILE DIEU, OÙ DIEU QUI ASSIMILE L’HOMME ? Il y a quelques jours, je posais la question aux premiers communiants : Je leur disais : quand vous mangez un lapin, est-ce que vous devenez un lapin? …et bien sûr, les enfants de rire. La réponse est facile : c’est le lapin qui est assimilé par l’homme.
Mais quand on mange le corps du Christ, que se passe-t-il? Eh bien vous le percevez dans la foi : l’homme est divinisé. ON DEVIENT CE QUE L’ON MANGE : LE CORPS DU CHRIST. La communion au corps du christ nous transforme réellement: elle nous incorpore au corps du Christ et nous unit les uns aux autres par des liens plus forts que les liens du sang.
Le catéchisme nous dit que «L'Eucharistie est le mémorial de la Pâque du Christ: c'est-à-dire de l'œuvre du salut accomplie par la vie, la mort et la résurrection du Christ, œuvre rendue présente par l'action liturgique».
Ceci ne veut surtout pas dire que le mémorial est un « souvenir »! Ce serait beaucoup trop superficiel. Le mémorial c’est l’action de rendre présent ce qui est passé. En clair, de même que Jésus, le Fils de Dieu, a donné sa vie sur la croix il y a deux mille ans, de même il donne sa Vie aujourd’hui sur l’autel, lors de chaque MESSE. Pour le dire encore autrement, la messe, c’est l’amour qui se donne inconditionnellement, pour les justes comme pour les pécheurs! Ce n’est pas une image, ce n’est pas un signe. C’est la réalité! Ainsi, pour nous catholiques, l'Eucharistie est "source et sommet de toute la vie chrétienne" ( LG 11 ).
Seigneur, que mon « amen » soit vrai quand je communie, afin que je puisse devenir ce que je mange: le corps du Christ. Oui, je veux devenir membre de ton corps. Je veux être uni aux joies et aux peines des hommes : communion des saints et fraternité obscure.
Seigneur, par le don de l’eucharistie, c’est l’amour véritable qui se donne à nous pour nous aider à aimer en retour. L’EUCHARISTIE, C’EST LE SACREMENT DE L’AMOUR. «Il y a amour là où quelqu’un a le courage d’aimer le premier sans rien attendre en retour, le courage d’aimer à chaque instant, comme s’il s’agissait du dernier instant». Dans l’Eucharistie, Jésus continue de nous aimer jusqu’au bout, jusqu’au don de son corps et de son sang. Il aime jusqu’au don de sa vie!
Merci Seigneur, parce que le mystère de l’eucharistie nous permet d’accéder à la réalité de Dieu qui est Amour.
J’en suis convaincu: Le renouveau de notre vie chrétienne, la régénération du Peuple de Dieu passe donc par l’eucharistie. Ce n’est que dans la mesure où nos communautés réaliseront l’importance vitale de l’eucharistie qu’elles auront un avenir. Amen.
Père Jérôme Jean