Homélies du Père Jérôme Jean

14 avril 2011 | 14h26

La samaritaine - Homélie du troisième dimanche de Carême A (Jn 4, 5 -42)

 
St Jean a écrit de grandes et belles pages dans son évangile.
L’histoire de ce jour est vraiment inoubliable, concrète et très profonde.
 
Jésus est fatigué, harassé, épuisé par une longue marche sous le soleil.
Il est à jeun, juste avant le repas. Ce n’est pas drôle d’avoir faim !
Il est assis par terre, le dos appuyé contre un puits.
IL A SOIF. VRAIMENT TRÈS SOIF.
 
C’est terrible d’avoir soif juste devant un puits
quand on a pas de récipient pour puiser de l’eau.
 
Ce Jésus assoiffé, à bout, qui n’en peut plus
est tout à fait à même de comprendre nos fatigues,
nos épuisements, nos peines.
 
Et voilà qu’arrive une femme, portant une cruche sur sa tête.
Ce n’était pas l’habitude de venir puiser de l’eau durant les grandes chaleurs.
Cette femme désirait donc se retrouver seule.
On peut imaginer qu’elle est bien contrariée de trouver quelqu’un au bord du puits.
 
Et Jésus de lui dire : « Donne-moi à boire ».
Cette parole de Jésus à l’air banale.
Mais elle ne l’est pas.
Il était interdit à l’époque à un homme de s’adresser à une femme en public,
interdit à un juif de parler à une samaritaine,
interdit de sympathiser avec ces hérétiques de samaritains
qui s’opposaient frontalement au temple
et à la foi des juifs de Jérusalem.
 
Ainsi Jésus par ces simples mots transgresse donc trois tabous :
racial, religieux et sexuel.
Jésus est l’homme qui va au-delà des étiquettes.
Il est celui qui ne croit pas aux blocages définitifs.
AVEC JÉSUS, TOUT EST TOUJOURS POSSIBLE.
 
Derrière le personnage de la SAMARITAINE c’est l’humanité qui se profile.
L’humanité blessée, égarée par le péché. L’HUMANITÉ QUI VEUT SE CACHER.
L’HUMANITÉ QUI A PERDU LE CHEMIN DE DIEU ET QUI ERRE DANS LE
DÉSERT, CHERCHANT EN VAIN À APAISER SA SOIF DU BIEN-AIMÉ.
 
Notre société moderne, matérialiste et hédoniste,
cherche aussi confusément comme à tâtons, à apaiser cette soif.
 
Au fond de notre cœur, tous nous percevons que nous sommes faits
pour quelque chose de parfait, d’infini,
quelque chose de plein et définitif qui seule pourra nous combler.
 
Confusément nous avons tous l’intuition que Dieu seul pourra combler
l’infini de nos attentes
l’immensité de notre soif.
 
DIEU SEUL PEUT COMBLER LE BESOIN D’INFINI QUI EST EN NOUS.
« Notre désir en est une possession latente ». Disait finement Jean Guitton.
 
Les mots de Jésus : « donne-moi à boire », font écho au « J’ai soif »
que Jésus prononcera à la même heure du haut de la croix.
 
Mère Teresa a longuement médité la soif de Jésus.
Et voici ce qu’elle disait :
« J’ai soif de toi. J’ai soif de ton amour. J’ai soif d’être aimé par toi.
Viens à moi. Je vais remplir ton cœur. Je vais soigner tes blessures. Je vais
faire de toi une nouvelle créature. Je vais te donner la paix au cœur de toutes
tes épreuves ».
 
Entendons-nous bien ce qui vient d’être dit ?
C’est tout à fait étonnant !
 
CELUI QUI MENDIE NOTRE AMOUR EST CELUI-LÀ MÊME QUI EST L’AMOUR.
CELUI QUI DEMANDE À BOIRE EST CELUI-LÀ MÊME
QUI DÉSIRE NOUS COMBLER DES EAUX VIVES DE L’ESPRIT.
 
Seigneur, donne-moi de cette eau que je n’ai plus soif.
Seigneur, donne-moi de m’ouvrir au mystère de l’eau vive.
Cette eau merveilleuse qui ne se puise pas dans un puits,
mais qui SE REÇOIT COMME UN DON de Dieu lui-même.
 
Seigneur, si tu me donnes cette eau,
moi aussi je m’en irais crier LA BONNE NOUVELLE à tout le village :
Venez voir quelqu’un qui m’a aimé de miséricorde !
 
Aujourd’hui, St Jean nous fait descendre dans le puits profond
qu’est le mystère de Dieu, révélé en Jésus Christ :
 
Un pauvre étranger fatigué, brûlant de soif
Un juif QUI CONNAÎT CELUI QU’IL ADORE
Un juif plus grand que Jacob, fondateur d’Israël
Un prophète qui lit dans les cœurs et devine les soucis cachés
Le messie attendu QUI FAIT JAILLIR L’EAU VIVE DE LA VIE ÉTERNELLE
Celui qui apprend à l’humanité sa vraie soif :
ADORER LE PÈRE EN ESPRIT ET EN VÉRITÉ
 
TANT QU’IL N’AURA PAS DÉCOUVERT CETTE SOURCE,
LE MONDE MOURRA DE FAIM ET DE SOIF.
 
Allons-nous MOURIR DE FAIM ET DE SOIF,
alors que nous sommes invités chaque dimanche au BANQUET ?
 
Mais au fait, quel est notre soif ?
de quoi ai-je faim, concrètement ?
 
A chacun de profiter de ce temps de Carême pour y répondre en vérité. Amen.
 
Père Jérôme Jean


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