Le plus grand commandement
30e dimanche A (Mt 22, 34 - 40) «Quel est le premier de tous...
« Maître, il est heureux que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie ». Pierre est magnifique : remarquable et admirable en son genre. Quelle belle idée il a eu là : Dresser des tentes, c’est vouloir demeurer, rester, s’arrêter sur place. Et Pierre a raison : que peut-on rêver de mieux que de demeurer dans la contemplation de cette belle vision ? Il est ainsi des images qui sont si belles qu’on désire naturellement les conserver pour toujours, avoir la possibilité d’y retourner pour goûter le délice de ce qu’elles représentent. Vous imaginez la beauté de ce Seigneur, resplendissant, plus blanc que blanc, plus lumineux que la lumière ?
Et plus beau encore que ce que les yeux peuvent voir, le couronnement de sa beauté, c’est qu’il n’est pas un Seigneur figé, immobile comme une statue rayonnante mais au contraire, c’est un Seigneur en relation vivante, dialoguant, s’entretenant avec le Moïse de la Loi et le grand prophète Elie. Il me plait à imaginer que cette belle image est un avant goût du Ciel. Un rayon qui a comme filtré de l’au-delà, de ce Royaume qui est la contemplation de Dieu. Dieu, toujours en relation vivante, personnelle avec chacun. C’est cela notre paradis : un faisceau de relations unies. Alors oui, avec Pierre, construisons une tente, non pas avec nos mains, mais plutôt une tente spirituelle. Et faisons mémoire dans nos heures obscures de la clarté de cette belle lumière !
Mais attention ! Voilà que dans notre récit une nuée apparaît, un peu à la manière d’une ombre et elle modifie la lumière, et voilà qu’une voix se fait entendre et vient comme troubler l’image. Pour le dire autrement : d’un coup le son se fait entendre… et l’image se trouble : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le ». Cette Parole est de Dieu le Père. Elle est très instructive pour nous : La voix ne dit pas : « regardez-le, contemplez-le », ce qui aurait été logique, mais bien « écoutez-le », ce qui est beaucoup plus étonnant. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que la condition pour être disciple est d’abord de se mettre à l’écoute du Maître. Il ne s’agit donc pas de regarder ! Notre Dieu, tel qu’il se révèle en Jésus-Christ, n’est pas venu pour se donner à voir, il vient pour se donner à entendre. Il est le Verbe fait chair. Il parle. Et sa parole est Sagesse. Elle éclaire et donne sens à toute notre vie. Ce n’est qu’au terme, à la fin du périple, à la fin de notre pèlerinage que nous aurons le repos de la vision béatifique et la joie merveilleuse de la relation parfaite. En attendant, ici bas, c’est l’heure de l’écoute de la Parole. C’est l’heure de nourrir notre intelligence, de creuser le désir de la vision béatifique.
Et voici maintenant encore autre chose que peut nous dire la Transfiguration : Saint Paul, dans la deuxième lecture a dit que la grâce qui nous avait été donnée dans le Christ Jésus est maintenant devenue visible à nos yeux, car notre Seigneur Jésus s’est manifesté en détruisant la mort et en faisant resplendir la vie et l’immortalité (2Ti 1, 8-10). Avec ces mots de Paul, il est question de la vie qui est manifestée. Ainsi, le Mont Thabor est comme une fenêtre ouverte sur notre avenir : Il nous garantit que l’opacité de notre corps mortel se transformera un jour en vie éternelle et resplendissante comme la lumière.
Cela nous renvoie à la question du corps. Ce n’est pas rien le corps. Il ne doit pas être méprisé ou compté pour rien. L’homme ne possède pas un corps, il est corps. Nous sommes, nous les chrétiens, corps et âme. Pas qu’une âme ! Corps et âme ! C’est notre corps qui a été créé directement par Dieu, qui a été adopté par le Verbe dans l’incarnation et sanctifié par l’Esprit dans le baptême. La bonne nouvelle de la Transfiguration, c’est que notre corps est destiné à partager, pour l’éternité, la même gloire que l’âme. « Corps et âme seront deux mains jointes en adoration pour l’éternité, ou deux poignets emmenottées pour une captivité éternelle » (Ch. Péguy). Le christianisme prêche le salut du corps, et non la libération du corps, comme le font les païens.
Mais concrètement, que dire à ceux qui souffrent ? Que dire à ceux qui doivent assister à la « défiguration » de leur propre corps ou de celui d’un être cher ? Ce message de la Transfiguration est peut-être pour eux le message le plus réconfortant : « Il transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux ». Nos pauvres corps humiliés dans la maladie et dans la mort seront rachetés. Cela est vrai, nous le croyons dans la foi : nos corps seront un jour des corps glorieux, tout pareil à celui de Jésus transfiguré, parce que Jésus, lui aussi, bientôt « défiguré » dans la passion, ressuscitera avec son corps glorieux, ce corps avec lequel il vit pour l’éternité, à la droite du Père.
Merci Seigneur pour la transfiguration.
Tout comme toi, nous sommes faits pour être transfiguré.
Aide-nous à écouter ta Parole. A lui donner un peu de notre temps.
Tu es le Verbe fait chair. Ta Parole est Vérité.
Celui qui écoute ta Parole et la met en pratique, celui-là sera sauvé.
Seigneur, vient transfigurer nos vies mortelles.
Vient apporter le réconfort à tous ceux qui souffrent dans leur corps.
Qu’à travers nos œuvres
ce soit toujours plus ta lumière qui soit reconnue.
Amen.
Père Jérôme Jean