Homélies du Père Jérôme Jean

26 octobre 2011 | 01h29

Le dire et le faire

31e dimanche A (Mt 23, 1 -12)

 

«Ils disent et ne font pas».
Ce reproche que Jésus adresse aux scribes et pharisiens est très fort. Jésus apparaît vigoureux et même violent. Il s’oppose frontalement à ceux qui ont une autorité de compétence dans la Loi de Dieu. Et cette compétence est réelle: Scribes et pharisiens étaient vraiment de bons connaisseurs de la Loi de Dieu, de ses commandements. Le reproche que Jésus leur adresse ne concerne donc pas la doctrine ou les principes des pharisiens. Leur savoir n’est pas en cause, mais la manière de le mettre en pratique. Ces maîtres ne sont pas seulement inférieurs à l’idéal qu’ils proposent, c’est surtout consciemment qu’ils ne veulent pas remuer du doigt les lourds fardeaux dont ils chargent les épaules des autres. Ils sont hypocrites; prenant des apparences trompeuses, ils déguisent leur véritable caractère et manifestent des vertus qu’ils n’ont pas. Ils aiment paraître pour des saints, ils aiment l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes, mais n’aiment ni Dieu ni les gens dont ils voudraient être admirés. Ils n’aiment qu’eux-mêmes… La loi et Dieu sont ainsi instrumentalisés par pur orgueil.

 

Faut-il blâmer ces scribes et pharisiens? Doit-on leur jeter la pierre pour avoir chargé ainsi par des mots, sans rien faire de concret pour venir en aide? Je pense que non. La critique serait trop sévère. En vérité, chacun de nous pourrait bien être blâmé comme les pharisiens. Combien de fois ne donnons-nous pas de beaux conseils? Combien de fois ne posons-nous pas un regard clair sur une situation et dans les faits, quand il s’agit d’agir, nous faisons le contraire de ce que aurions dû faire? Bien souvent nous ne faisons rien (de bien)… ou alors nous faisons le mal.

 

Paul le disait clairement: «Vraiment ce que je fais je ne le comprends pas: car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais.  (…) en effet, vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l'accomplir: puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. (…)  Je trouve donc une loi s'imposant à moi, quand je veux faire le bien; le mal seul se présente à moi. (…) Malheureux homme que je suis! Qui me délivrera de ce corps qui me voue à la mort?» (Rm 7).

 

Avec Paul et les pharisiens, nous sommes tous un peu spectateurs de cet écartèlement qui rejoint le concret de chacune de nos vies, cette distance qu’il y a entre le dire et le faire, entre l’idéal visé et la pauvreté de nos actions. Comment faire pour être un homme uni quand nous sommes pareillement écartelés?

 

Eh bien, le secours d’une sainte paraît ici tout à fait opportun. Ecoutons Thérèse de l’Enfant Jésus nous expliquer comment elle s’y est prise:

1) Vous le savez, ma Mère, j'ai toujours désiré d'être une sainte,
2) mais hélas! j'ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints, qu'il y a entre eux et moi la même différence qui existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé sous les pieds des passants;
3) au lieu de me décourager, je me suis dit: Le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté;
4) me grandir, c'est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections;
5) mais je veux chercher le moyen d'aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle.
6) Nous sommes dans un siècle d'inventions maintenant ce n'est plus la peine de gravir les marches d'un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m'élever jusqu'à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection.
7) Alors j'ai recherché dans les livres saints l'indication de l'ascenseur, objet de mon désir et j'ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse Eternelle: Si quelqu'un est TOUT PETIT qu'il vienne à moi. Alors je suis venue, devinant que j'avais trouvé ce que je cherchais et voulant savoir, ô mon Dieu! ce que vous feriez au tout petit qui répondrait à votre appel j'ai continué mes recherches et voici ce que j'ai trouvé: Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux!
8) Ah! jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses, ne sont venues réjouir mon âme, l'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus!
9) Pour cela je n'ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus.
10) O mon Dieu, vous avez dépassé mon attente et moi je veux chanter vos miséricordes. "Vous m'avez instruite dès ma jeunesse et jusqu'à présent j'ai annoncé vos merveilles, je continuerai à les publier dans l'âge le plus avancé." (MsC 2v°-3r°).

 

L’enseignement des saints est vraiment lumineux! La clef de voûte de notre unité personnelle passe donc par l’acceptation humble et confiante de notre réelle petitesse. Oui, vraiment, je ne fais pas le bien que je voudrais faire. Oui, en vérité je fais le mal que je ne voudrais pas faire. La bonne nouvelle est que l’histoire d’amour avec le bon Dieu ne s’arrête pas là! Au contraire, c’est au pied de cette impasse que tout commence. La vie spirituelle débute vraiment quand on prend conscience de sa pauvreté, de sa fragilité et des ses manquements. Alors, et alors seulement peut commencer l’Alliance d’amour avec le Sauveur. L’âme peut commencer à prendre appui sur Dieu seul et s’abandonner toujours plus profondément en lui. Fondamentalement, c’est notre confiance (en Dieu et sa miséricorde) qui permet à Dieu d’agir, c’est-à-dire de nous élever jusqu’à Lui, de nous sanctifier, de nous incorporer.

 

Ecoutons encore Thérèse: «La perfection me semble facile, je vois qu'il suffit de reconnaître son néant et de s'abandonner comme un enfant dans les bras du Bon Dieu. Laissant aux grandes âmes, aux grands esprits les beaux livres que je ne puis comprendre, encore moins mettre en pratique, je me réjouis d'être petite puisque les enfants seuls et ceux qui leur ressemblent seront admis au banquet céleste» (LT 226).

 

«Ah! mon frère, que la bonté, l'amour miséricordieux de Jésus sont peu connus!... Il est vrai que pour jouir de ces trésors, il faut s'humilier, reconnaître son néant, et voilà ce que beaucoup d'âmes ne veulent pas faire» (LT 261).

 

Seigneur, dans les faits, il est toujours plus facile de réformer les autres que de se convertir soi-même.

 

Seigneur, c’est dur de reconnaître son néant, sa pauvreté, ses manquements. Pourtant tu es un juge miséricordieux. Lent à la colère, plein de patience et d’amour. Seigneur, ton amour est si pur qu’il me rejoint dans mon présent. Tu nous aimes telle que nous sommes. Tu nous rejoins là où nous en sommes.

 

Merci de nous donner les grâces dont nous avons besoin pour nous convertir.

 

Seigneur, je veux faire ce que je dis. Alors viens me dire quoi faire et donnes-moi les moyens de faire ce que tu dis.

 

Et avec Augustin je pourrais dire: «L'amour est le poids qui m'entraîne». Amen.

 

Père Jérôme Jean


Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage

CAPTCHA
Cette question permet de s'assurer que vous êtes un utilisateur humain et non un logiciel automatisé de pollupostage.
CAPTCHA visuel
Entrez les caractères (sans espace) affichés dans l'image.