Homélies du Père Jérôme Jean

07 décembre 2011 | 23h06

Marie, la nouvelle Eve

Messe de l’Immaculée Conception (Lc 1, 26-38)

 

Ecoutons le poète Péguy  qui nous fait entrer dans le sacré et dans l’histoire:

 

Et moi je vous salue ô la première femme
Et la plus malheureuse et la plus décevante
Et la plus immobile et la plus émouvante,
Aïeule aux longs cheveux, mère de Notre Dame.

 

Les autres n’ont connus que la fable et le conte.
Vous seule savez la véritable histoire,
Vous seule vous savez, ô temple de mémoire,
Comment on inventa d’entrer dans cette honte.

 

Les autres n’ont connu que d’être malheureux.
Vous avez innové d’entrer dans le malheur.
Les autres n’ont connu que d’être douloureux.
Vous avez inventé d’entrer dans la douleur. (…).

 

Il est deux femmes qui sont contraires: Eve et Marie. Eve, c’est la mère selon la chair, ensevelie hors du premier jardin. Marie, c’est la mère selon l’Esprit, corps et âme auprès de Dieu, dans le jardin. Marie est l’Immaculée… et Eve est la maculée, la première pécheresse…

 

L’immaculée Conception de Marie renvoie au dogme de foi proclamé en 1854 par Pie IX. «Marie a été, en raison de sa maternité divine et en vue des mérites de Jésus-Christ, sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel.»

 

Aujourd’hui, pour nos contemporains, il est devenu difficile de comprendre ce qu’est ce péché des origines. Ecoutons le Catéchisme nous l'enseigner: «La réalité du péché, et plus particulièrement du péché des origines, ne s'éclaire qu'à la lumière de la Révélation divine. Sans la connaissance qu'elle nous donne de Dieu on ne peut clairement reconnaître le péché, et on est tenté de l'expliquer uniquement comme un défaut de croissance, comme une faiblesse psychologique, une erreur, la conséquence nécessaire d'une structure sociale inadéquate, etc. C'est seulement dans la connaissance du dessein de Dieu sur l'homme que l'on comprend que le péché est un abus de la liberté que Dieu donne aux personnes créées pour qu'elles puissent l'aimer et s'aimer mutuellement.» (CEC §387)

 

Un abus de liberté, cela veut dire un usage mauvais, excessif et injuste. Quand notre liberté choisit Dieu, elle est à son maximum. Mais quand elle se choisit elle-même, elle s'égare loin de son havre de paix. C’est ce qui s’est passé à l’origine dans le récit de la chute entendue en première lecture.

 

A l’origine, il y eut donc une femme: Eve. Et cette femme, avec son mari, ont causé un grand désordre. Adam et Eve ont désobéi à Dieu. Ils n’ont pas eu confiance en Dieu. Ils n’ont pas cru que quand Dieu commande, c’est pour notre bien. Ainsi ont-ils mangé du fruit de l’arbre défendu. Ils ont voulu être comme des Dieux, décidant eux-mêmes du bien ou du mal, appelant eux-mêmes «un bien» ce qui est «un mal» pour Dieu. Ils se sont ainsi coupés de Dieu. Ils se sont exclus du premier jardin. Ils ont perdu l’accès à l’arbre de vie… et la mort est entrée dans le monde…

 

La question pour nous n’est pas de savoir si ce récit est historique. Ce qui importe est qu'il soit véridique. Ce qu’il dit est vrai. Il le dit dans un style qui appartient à un genre et à une époque, mais ce qu’il dit est vrai. Et que dit ce texte fondateur? Il dit que la cause du désordre, la cause du péché originel, c’est qu’Adam et Eve n’ont pas eu confiance en Dieu. Ils ont imaginé que Dieu voulait se protéger en les empêchant de manger du fruit de l’arbre de la connaissance. La vérité était le contraire. C’était pour leur bien que Dieu leur avait défendu de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Parce qu’ils ont désobéi, ils ont dû quitter le jardin, perdant l’accès à l’arbre de Vie, et ainsi la mort est entrée dans le monde.

 

Et par là vous savez le peu que l’homme pèse.
Quatre once de poussière dans le creux de la main.
Quatre pieds de terreau dans le creux du chemin.
Et le retournement dans la première glaise.

 

Et par là vous savez ce que tout homme tente:
C’est de garer son bien des atteintes de Dieu.
C’est de garer son or et le mettre en un lieu
Qu’il n’est plus qu’à dormir pour en toucher la rente.

 

Dieu avait de quoi être fâché contre ses créatures. Il leur avait fait le grand cadeau de la liberté, et c’est librement que les premiers humains ont choisi de Lui désobéir. Il y a de quoi être déçu! Mais Dieu, si j’ose dire, ne s’est pas découragé. Il a cherché à apprivoiser l’homme devenu sauvage. Il a essayé de faire alliance avec lui, de lui pardonner et de lui donner en cadeau la vie éternelle une vie si précieuse pour l’homme devenu mortel.

 

En construisant l’univers, Dieu se construisait aussi une demeure dans laquelle il viendrait un jour habiter. En donnant la Loi aux Hébreux, il se constituait un peuple au sein duquel il pourrait édifier sa maison. Par le privilège de l’Immaculée Conception, Dieu s’est préparé un peu comme un tabernacle digne de lui.

 

Oui, aujourd’hui, Dieu s’est trouvé une demeure digne de Lui. Ce que Marie nous apprend est une nouvelle inouïe: Toute l’histoire, toute l’attente depuis David a été faite pour aboutir à ce jour, à cette salutation de l’ange, à ce moment unique où tout l’avenir de l’humanité est comme suspendu aux lèvres de Marie.

 

Si elle dit non, Dieu ne la violentera pas. Dieu ne la forcera pas, car l’Amour n’oblige jamais. Mais si elle dit oui, alors c’est de sa chair que Dieu prendra chair. Jésus sera alors la véritable présence de Dieu parmi les hommes puisqu’il sera le Dieu-fait-Homme. Et «Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père; il règnera pour toujours et son règne n’aura pas de fin».

Réalisons-nous bien ce qui vient d’être dit? Tout repose sur les lèvres de Marie, sur le choix qu’elle fera.

 

Frères et sœurs, de même que Marie était faite pour ce rendez-vous, de même chacun d’entre nous, nous sommes faits pour ce même rendez-vous. Chaque vie est née pour cette rencontre, ce moment extraordinaire où Dieu se propose à notre liberté. Le Seigneur veut venir naître chez chacun d’entre nous.

 

«Voici la servante du Seigneur: que tout se passe pour moi selon ta parole».

 

Marie a dit oui, elle a eu confiance en Dieu. Elle a accepté un projet qui la dépassait.
Eve à dit non, elle n’a pas eu confiance en Dieu. Elle a refusé un projet qui la dépassait.

 

Dieu, qui nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas sans nous. (Augustin).
Il continue, inlassablement à se proposer à notre liberté. Dieu veut faire alliance avec chacun de nous. Tout dépend de notre parole… oui… ou non…

 

Seigneur, sur la croix, tu nous as donné ta mère pour maman.
Tu as demandé à la mère du seul Juste de devenir la mère des pécheurs.
C’est pourquoi nous disons: «sainte Marie, mère de Dieu, prie pour nous pauvres pécheurs».

 

Merci Seigneur d’avoir comblé Marie de grâces.
Accorde-nous de partager la victoire du Christ sur le mal.
Accorde-nous de renaître à la sainteté.

 

Seigneur, tu es proche de ceux qui te cherchent.
Tu viens.

 

Je n’ai plus peur de la nuit, car notre vie conduit à cette rencontre où le cœur s’ouvre et ne meurt plus. Il vient le Seigneur: Il vient naître chez moi pour que je naisse éternellement en Lui…

 

Père Jérôme Jean


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