Homélies du Père Jérôme Jean

06 octobre 2011 | 22h11 1 commentaire

Rendez à Dieu ce qui est à Dieu!

29e dimanche A (Mt 22, 15 -22)
 

Pharisiens et Hérodiens font alliance pour tendre un piège à Jésus. C’est une alliance étonnante, quasi contre nature! D’un côté des pharisiens, i.e. des juifs conservateurs nationalistes, et de l’autre des Hérodiens, i.e. des collabos avec l’occupant romain. Nous sommes dans les années 30. L’homme qui gouverne l’immense empire romain s’appelle Tibère, un vieillard qui vit à Capri.  Son effigie, son visage, sa figure est sur toutes les pièces de monnaie. Car les romains se réservaient la frappe de la monnaie d’argent, marque de leur souveraineté. Cet homme, l’empereur, se prend pour un Dieu, tant sa puissance est grande, et tant sa domination est imposante, écrasante.  En Israël, l’empereur n’est pas adoré. Il n’est pas aimé. On voit en lui l’envahisseur qui empêche les hommes de se gouverner. Parmi les opposants à l’empereur, se trouvent les zélotes qui refusent de payer l’impôt.

 

Voilà la question débattur. Est-il permis oui ou non de payer l’impôt? La question est d'importance, car payer l’impôt c’est faire acte d’allégeance envers l’empereur païen, ne pas le payer c’est lui refuser d’être soumis, c’est lancer le signal d'une insurrection, d'un soulèvement contre le pouvoir établi. Cette question est diaboliquement habile: si Jésus dit oui, payons l’impôt, il perd toute sa popularité auprès du peuple un peuple qui attend un messie, un libérateur chassant l’envahisseur. Si Jésus dit non, ne payons pas l’impôt, il sera alors dénoncé à l’autorité comme agitateur et opposant contre Rome. Ainsi est-ce un vrai dilemme, quoi que Jésus réponde, il est perdu!

 

Et voilà que les Ecritures s’accomplissent. Par ce dilemme nous assistons à la réalisation de la conspiration prophétisée au livre de la sagesse: «Traquons le juste: il nous gêne, s’oppose à nos actions, nous reproche nos manquements à la Loi et nous accuse d’être infidèles à notre éducation. Il déclare posséder la connaissance de Dieu et il se nomme enfant du Seigneur, il se vante d’avoir Dieu pour père. Voyons si ses paroles sont vraies et vérifions comment il finira» (Sg 2, 12-17).

 

Jésus est éprouvé. Il interroge à son tour: De qui est cette image et cette inscription? En se faisant présenter un denier romain, i.e. une pièce de monnaie servant à payer l’impôt, Jésus déjoue avec habileté le piège qui lui a été tendu. En effet Jésus ne sort pas la pièce de sa bourse, l’argent ne sort pas de sa poche, mais bien de la main de ses interlocuteurs. Hérodiens et pharisiens, ces hommes qui se scandalisent ouvertement devant la subordination à l’empereur, ces mêmes hommes ont sur eux cet argent, cette monnaie de la honte. Ils jouent les scrupuleux alors qu’ils ont en poche l’argent impie. Soyons clairs: pour ces gens là, donner l’argent à César ne souillera pas plus leur conscience que de s’en servir chaque jour. La preuve est ainsi faite que les interlocuteurs de Jésus ne cherchent pas la vérité et ils n’attendaient rien de cet interrogatoire, si ce n’est un motif d’accusation. Ce sont des gens malintentionnés, malveillants et malhonnêtes. 

 

Jésus aurait pu les laisser là, tenant en main la pièce à conviction de leur hypocrisie. Mais il va profiter de cette opportunité pour donner un enseignement essentiel: «Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu». Cette réplique de Jésus est proverbiale. On la trouve même dans les pages roses du Larousse. Mais elle est souvent mal comprise. Comme si Jésus prenait parti pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat, comme si Jésus accordait à l’Etat sa totale autonomie et comme s'il demandait à ses disciples de ne pas prendre parti dans les affaires temporelles. Or c’est oublier que les deux parties de la phrases ne sont pas égales.
César, lui aussi, appartient à Dieu! L’argument de Jésus est donc le suivant, si cette pièce appartient à César, parce qu’elle en porte l’effigie, son image et son inscription, combien plus ceux qui sont à l’image et la ressemblance de Dieu, doivent revenir à Dieu. Si César a pu imprimer son image sur les pièces de monnaies, qu’il faut donc lui rendre, à combien plus forte raison la personne humaine marquée à l’effigie de Dieu doit-elle se rendre toute entière à Dieu!

Cette pensée de Jésus est tout à fait remarquable! Par l’ajout de ce second volet, totalement inattendu, Jésus change les perspectives. Jésus n’est pas venu pour trancher des litiges humains, le détail du temporel, mais pour nous montrer le chemin qui conduit à Dieu. Ce chemin est celui de l’humble reconnaissance, l’humble acceptation que tout est issu de Dieu et que tout est fait pour retourner à Dieu (exitus/reditus).

 

Le message est donc clair: la place du politique, du temporel, de la pièce à l’effigie de César, tout cela ne peut se faire qu’à la lumière de la perspective nouvelle introduite par le Christ, c'est-à-dire sur l’horizon de la dépendance première de tout homme par rapport à son Créateur et de la fraternité universelle qui en résulte logiquement. Dans le fond, la seule leçon politique de ce passage d’évangile est que César n’est pas Dieu. Rendre à Dieu ce qui est à Dieu c’est donc aussi prendre ses responsabilités au service de l’homme et de tous les hommes. Ainsi, le chrétien n’est-il pas apolitique ou anarchique, mais homme soumis aux lois de la cité et de l’état – un homme qui paye honnêtement ces impôts car c’est un devoir de justice pour un chrétien - car il sait que la vie des puissants est dans la main de Dieu et qu’«ils n’auraient aucun pouvoir s’il ne leur avait été donné d’en haut» (Jn 19, 11).

 

A quelques jours des élections fédérales, alors que plus aucun parti ne défend explicitement l’intégralité des valeurs chrétiennes, nous sommes appelés à voter comme chrétiens, disciples du Christ. C’est l’évidence de le dire, aujourd’hui le débat sous la coupole est chargé de venin. A coup de formules et de slogans, l'on fait de la politique spectacle pour se vendre dans les médias et passer en force. Il serait bon que la politique retrouve davantage des valeurs comme le respect et la dignité dans les relations entre les partis.

 

Ainsi, ayons à cœur de glisser dans l’urne le nom de personnalités qui rendent d’abord à Dieu ce qui est à Dieu et aux hommes ce qui est aux hommes. Le tout avec douceur, fermeté et conviction.

 

Seigneur entre une pièce de monnaie, un billet de 1000, un lingot d’or et l’image de ta ressemblance qui resplendit sur le visage du Christ, nous choisissons le visage de Jésus.

 

Avec St Ignace, Seigneur nous voulons dire: «Prenez Seigneur et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence, et toute ma volonté, tout ce que j’ai et possède. Vous me l’avez donné: à vous Seigneur je le rends. Tout est vôtre, disposez-en selon votre entière volonté. Donnez-moi votre amour et votre grâce: c’est assez pour moi». Amen.

 

Père Jérôme Jean


serges saliba 08 janvier 2012 | 17h58

separation de l'Eglise et de l'Etat

la phrase de Jesus est suimple et claire comme la lumiere ou le crystal:elle s'oppose a toute ingerence inquisitoriale de l'Eglise ou de la croyance religieuse dans les affaires temporelles de l'Etat.Jesus est contre le regime totalitaire dans lequel le dogmatisme qu'il soit theologique ou ideologique est a la racine du terrorisme d'Etat qu'il soit theocratique comme le regime iranien,faciste comme le regime du Duce ou communiste comme le regime du Secretaire General qui est a la fois Dieu de l'ideologie et Cesar du Goulag.Pour ce qui des valeurs chretiennes telles que resumees dans la parabole du bon Samaritain ,il va de soi qu'elles doivent fortemet impregner la vie sociale et politique de la Cite,que ce soit au niveau de la solidarite citoyenne,sociale,nationale ou internationale ou des affaires plus prosaiques comme la pedophilie qui doit etre traitee sverement,l'avortement qui doit etre considere comme un crime contre l'humanite ou le "mariage" homosexuel qui reste la plus bestiale aberration de la civilisation ainsi nommee libertaire
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