Homélies du Père Jérôme Jean

20 septembre 2011 | 22h43

Un homme avait deux fils!

26e dimanche A (Mt 21, 28 -32)

«Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit: «Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne…» Abordant le second, le père lui dit la même chose»

Cet évangile ressemble de celui de dimanche passé. Jésus parle aujourd’hui à nouveau en parabole. Et à nouveau il est question de travailler à la vigne. Mais à la différence, cette fois, que l’attention n’est plus portée sur le moment où l’on se décide à travailler (de la première à la dernière heure), mais sur la cohérence entre «le dire» et «le faire».

A l’évidence, les deux fils ne sont pas très cohérents. De fait, le premier dit: «Je ne veux pas. Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla». Quant au second, il répondit: «Oui, Seigneur! Et il n’y alla pas. Ces deux fils sont de primes abords très différents. Différent dans ce qu’ils disent (chacun dit l’exact contraire de l’autre) et également différents dans ce qu’ils font (toujours l’exact contraire l’un de l’autre). Bref, deux fils très différents: un qui dit «oui», et un autre qui dit «non»; un qui fait et un qui ne fait pas. Le plus étonnant est là où se rejoint la symétrie: au final, aucun des deux ne fait ce qu’il dit! C’est là le nœud! Ce sont des contraires qui ont en communs aucune cohérence entre «le dire» et «le faire».

Quel est le symbolisme traditionnel de cette parabole? D’abord l’image de la vigne est le symbole de la joie de l’homme. La joie parce qu’elle donne «le vin qui réjouit le cœur de l’homme» (et de la femme si on lui en donne :-)). Etre envoyé à la vigne par le Père, c’est collaborer à une mission joyeuse, une mission honorifique mais aussi une responsabilité. Ce n’est pas du tout une corvée, mais une très belle chose que de travailler à la vigne. Première élément donc: Le Père invite à collaborer à l’avènement de quelque chose de réjouissant, de bon et de beau.

L’image même du Père représente ensuite Dieu le Père-tout-puissant. Le père (dans l’ordre biologique) est celui qui engendre, comme Dieu a engendré l’homme et la création. Ainsi, Dieu est Père parce qu’il est créateur du Ciel et de la Terre et de tout ce qui est.

Le fils premier, celui qui dit oui mais ne fait pas, représente Israël. C'est-à-dire le peuple de Dieu. Peuple élu, peuple choisi, peuple préféré, peuple à qui Dieu fait connaître ses volontés et ses ordres. Ce peuple connaît Dieu par révélation et observe la Loi (commandements de Dieu) pour sceller l’Alliance. Israël marque sa filiation, agrée sa filiation, se reconnaît comme fils en obéissant et en servant le Seigneur. C’est très beau: le service et l’obéissance à Dieu est vécu comme la marque propre des fils! Ainsi le fils est celui qui respecte la volonté du Père, celui qui fait la volonté du Père. En ce sens, le fait de ne pas accueillir la révélation suprême en la personne de Jésus Christ comme étant la «fin de la loi» représente une récession et une désobéissance! Point capital! Après avoir dit oui à la première alliance, ils refusent aujourd’hui de la pratiquer. Dans les faits, ils refusent la volonté de Dieu qui se révèle et se manifeste dans la personne de Jésus-Christ. En somme, en disant oui, mais en faisant non, ils ne veulent pas vraiment de la nouveauté de la bonne nouvelle du Royaume. Ils préfèrent en rester à ce qu’ils ont toujours connu. Mais ce passé est désormais échu… et il n’est donc plus porteur de grâces.

Alors Jésus va opposer à ce peuple élu, peuple choisi, nation sainte, Jésus va opposer la lie de l’humanité: les prostituée, les usuriers, les collabos avec l’occupant romain. Bref des gens impurs, méprisables, des pécheurs publics. Ils sont représentés par le second fils. Celui qui dit non d’abord, pour faire ensuite la volonté du Père. Ce second fils est l’image de tous ceux qui vivent en dehors de la Loi et de la volonté de Dieu, puis, devant l’extraordinaire nouveauté de Jésus, ils se sont convertis et ont accueilli la bonne nouvelle. Et Jésus de dire cette formule tout à fait choquante et paradoxale: les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Littéralement, ils vous remplacent, i.e. ils arrivent à votre place. Ils passent devant.

Aucun dicton de Jésus n’a été autant manipulé… certains ont même mis des auréoles sur les têtes des prostitués et des usuriers pour dire combien ces pécheurs sont meilleurs que nos pratiquant du dimanche (tous soi-disant hypocrites). Une façon somme toute païenne et cynique de dire que les pécheurs publics valent mieux que les pratiquants du dimanche. Ici donc il faut corriger ce malentendu: Si Jésus cite un cas limite pour dire: «même les pécheurs publiques passent devant ceux qui refusent la bonne nouvelle de Jésus-Christ», il le fait pour dire la gravité d’un refus de la personne de Jésus… en connaissance de cause! En clair, tandis que les gens honorables refusent le message de Jésus, les petits et les pécheurs accueillent favorablement sa radicale nouveauté. Ces pécheurs-là passent donc devant. Ce sont des derniers qui deviennent premiers...

Jésus vient dire à tous ces messieurs importants de l’époque que faire la volonté de Dieu, ce n’est pas s’accrocher à la virgule de la Loi, à un passé échu. Mais fondamentalement, c’est accueillir le message de Jésus et la personne de Jésus comme la révélation de l’amour de Dieu. Et ainsi entendre son appel à la conversion pour entrer dans le Royaume.

Entendez le renversement étonnant: ceux qui avaient d’abord dit non font maintenant la volonté du Père. Ceux qui au contraire avaient dit oui la refusent et se coupent ainsi de la source, du Père.

Mais le plus étonnant, ce qui est quasi invraisemblable, est que Jésus, dans ce passage, l’air de rien, avec discrétion, Jésus est en train de dire tranquillement que son message, sa mission sont dorénavant pour chacun l’expression de la volonté de Dieu! Ainsi, accueillir ou refuser Jésus, c’est accueillir ou refuser la volonté du Père. Ecouter et mettre ou non en pratique l’enseignement de Jésus, voilà donc ce qui nous ouvre ou nous ferme le Royaume de Dieu. Quelle prétention! Qui est donc cet homme pour parler ainsi?

Seigneur, nous sommes souvent bien éloignés de ta volonté.
Éloignés par nos paroles et éloignés plus encore loin par nos actes.

Merci Seigneur parce que tu es le Fils de Dieu, fils modèle, fils exemplaire, fils aîné qui nous révèle le visage aimant du Père.

Avec toi Seigneur, nous vivons une histoire d’amour, une relation d’amour qui s’approfondit, qui se redit sans cesse pour se donner davantage.

Seigneur que mon oui soit oui, et que mon non soit non.
Que mon oui et mon non soient unis à ta volonté.
Alors je pourrais faire résolument tout ce que tu me demandes.
Amen.

Père Jérôme Jean


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