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Evangile et
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Mariages
islamo-chrétiens: une brochure, des expériences.
Reportage Gladys Théodoloz
UN DEFI POUR LA PASTORALE
La présence de l'islam,
en Europe comme en Suisse, est en constante augmentation. Chez
nous, les musulmans forment une importante communauté
religieuse composée notamment de travailleurs venus du
Sud, de Turquie et d'ex-Yougoslavie. Conséquence parmi
d'autres: le nombre des mariages islamo-chrétiens augmente
lui aussi. Leur accompagnement pastoral pose de nombreux défis
à l'Eglise catholique.
Quelle vision chaque religion concernée
a-t-elle du mariage? Quelles dispositions juridiques règlent
ce genre d'unions dans la tradition musulmane? Qu'en est-il du
droit suisse? Quels problèmes spécifiques le mariage
avec un(e) musulman(e) pose-t-il à un chrétien(ne)?
Comment accompagner ces couples?
Afin de répondre à ces questions, la Commission
catholique suisse pour les migrants (SKAF) vient d'éditer
une brochure intitulée "Mariages islamo-chrétiens
- guide pastoral de l'Eglise catholique en Suisse".1) Elle contient une foule
de renseignements d'ordre "technique" tout autant que
pratique. Les prêtres et assistants pastoraux y trouveront
tout d'abord une brève analyse de la présence musulmane
en Europe et en Suisse et de ses enjeux socio-religieux, des
éléments théologiques sur le mariage chrétien,
une présentation de la famille et du mariage selon l'islam,
ainsi qu'un résumé des dispositions légales
concernant les étrangers en Suisse.
La deuxième partie aborde l'accompagnement pastoral proprement
dit. Elle met en relief l'exigence fondamentale d'écoute
respectueuse et de lucidité, impliquant pour l'accompagnant
d'être au clair sur ses éventuels préjugés,
mais aussi sur les difficultés inhérentes à
une telle union. Elle souligne la nécessité d'une
préparation adaptée, qui permette aux deux partenaires
de déterminer leur projet de vie, de prendre bien conscience
des obstacles qu'ils auront à surmonter, et de s'entendre
précisément sur des questions essentielles telles
que la liberté de croyance et l'éducation religieuse
des enfants, afin de pouvoir se décider en toute connaissance
de cause.
La brochure présente également deux modèles
de célébrations à l'église, deux
modèles de "déclarations d'intention",
ainsi qu'un modèle de contrat de mariage. Elle consacre
un chapitre à l'appui pastoral du couple pendant la première
année de mariage et fournit aussi quelques informations
sur la fin du mariage, qu'il s'agisse de décès
ou de divorce. Une liste d'adresses utiles et un choix bibliographique
complètent le document, qui sera précieux non seulement
pour les agents pastoraux, mais aussi pour tous ceux qui, dans
leur famille, leur entourage, leur paroisse, côtoient des
couples islamo-chrétiens.
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Bien conscients des difficultés
Pour Jean-Paul de Sury, délégué épiscopal
à Genève, l'un des principaux problèmes
posés par ce genre de mariage est la religion des enfants.
Et il se pose tout particulièrement dans le cas d'un homme
musulman et d'une femme chrétienne, car, dans la culture
islamique, c'est l'homme qui détermine la religion de
sa progéniture. Ce qui ne veut pas dire que les enfants
d'un tel couple seront automatiquement élevés dans
la foi musulmane. L'abbé de Sury donne ainsi l'exemple
d'un couple qu'il a préparé au mariage il y a quelques
années. Lui, musulman d'origine turque, elle, catholique
profondément convaincue et Suissesse. Les enfants ont
été baptisés et le couple marche bien. Le
conjoint musulman a accepté sans réticence d'être
accompagné, tout au long du cheminement vers le mariage,
par un prêtre catholique. "Ils étaient bien
conscients des difficultés, explique l'abbé de
Sury. Ils en avaient discuté entre eux. Avant même
de me demander de les marier, ils avaient décidé
que les enfants seraient élevés dans la religion
de leur mère. Ils trouvaient ça normal, étant
donné qu'ils vivaient en Suisse." Aucun problème
non plus en ce qui concerne la bénédiction du mariage.
Elle s'est déroulée à l'église, exactement
comme pour un autre mariage, mais il n'y a pas eu de messe.
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Les conditions d'un mariage réussi
Certains couples surmontent donc sans problèmes leurs
différences religieuses et trouvent facilement un modus
vivendi qui respecte les convictions de chacun. Il n'en reste
pas moins vrai que les mariages entre chrétiens et musulmans
connaissent plus souvent l'échec que les autres. D'où
l'inquiétude des parents quand ils apprennent que leur
enfant envisage d'épouser un (ou une) musulman(e).
"Il arrive que des parents me téléphonent
pour me faire part de ce souci, reconnaît l'abbé
de Sury. Je leur dis que je comprends leur inquiétude,
mais qu'ils ne doivent pas s'affoler. Il est possible qu'il y
ait des problèmes, mais ce n'est tout de même pas
certain! Je leur rappelle quelques conditions essentielles à
un mariage réussi. La première, à mon avis,
c'est qu'il ne faut pas que l'épouse chrétienne
parte s'installer dans le pays d'origine de son mari. Elle ne
pourra pas s'adapter à la culture ni supporter la condition
féminine là-bas. Une autre condition, bien sûr,
est que le couple ait un dialogue ouvert sur la liberté
de foi et la religion des enfants."
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La famille peut faire obstacle
Mais il arrive également que ce soit le futur conjoint
catholique qui s'inquiète des problèmes posés
par son mariage avec une personne de religion musulmane. Le Père
Guy Musy, responsable du catéchuménat des adultes,
cite un exemple significatif: "Une jeune Suissesse catholique
m'a téléphoné un jour pour me faire part
de son hésitation. Son fiancé était Egyptien,
élevé dans la tradition musulmane bien qu'athée.
Il ne désirait pas de mariage religieux, mais ne voyait
par ailleurs aucun inconvénient à épouser
une chrétienne. Les difficultés venaient plutôt
de son père, habitant au Caire. Celui-ci considérait
d'un très mauvais il cette union: bien que le jeune
couple habite Genève, il craignait en effet que ce mariage
lui pose des problèmes, à lui, dans sa profession.
J'ai conseillé à la jeune femme d'en discuter avec
un imam, ici à Genève. Celui-ci a tenu au couple
un double langage: à la fiancée, il a assuré
que le mariage ne posait pas de problème. Mais il a sévèrement
admonesté le fiancé, tentant de le décourager
dans son projet".
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Différences culturelles
Durant son ministère, Mgr Pierre Farine a côtoyé
quelques-uns de ces couples. Certains marchaient bien, car le
conjoint musulman appartenait à une tradition d'ouverture
et de tolérance. D'autres se sont soldés par un
divorce. Dans sa famille même, Mgr Farine a été
témoin de l'échec d'un tel mariage. L'épouse,
catholique plutôt "tiède", se sentait
très attirée par l'islam. Le mari, musulman, était
issu d'une famille religieuse "au sens noble du terme".
Au contact de certains coreligionnaires vivant en Suisse, il
est devenu plus radical. Cette évolution a coïncidé
avec les difficultés du couple, qui ont conduit finalement
à un divorce. Fort de cette expérience, l'évêque
auxiliaire conseille la plus grande prudence. "J'avertis
les futurs conjoints des obstacles qu'ils risquent de rencontrer.
Je leur dis OK, vous vous aimez, c'est très bien, mais
objectivement les difficultés sont plus grandes. Il y
a des différences culturelles qu'il faut gérer
au quotidien, et ce n'est pas marrant."
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L'expérience d'un accompagnateur
Jean-Daniel Robert, responsable des préparations au mariage
pour la Pastorale familiale de Genève, observe dans son
ministère une nette augmentation des mariages islamo-chrétiens.
De plus en plus fréquemment, des couples de ce type suivent
les sessions de préparation (trente-deux sont prévus
en 2000) organisées chaque année. Comment les accompagnateurs
s'y prennent-ils avec eux? "On essaie de se référer
à quelques éléments de la pensée
musulmane, à partir de documents fournis notamment par
le pasteur Basset et par la SKAF. Mais d'autre part, on prend
bien soin d'annoncer la couleur. Si ces gens sont là,
c'est qu'ils ont fait le choix d'un mariage chrétien,
alors on met l'accent là-dessus. Nous leur posons aussi
la question du baptême des enfants. Certains tombent des
nues quand nous leur parlons de ça: ils n'y avaient jamais
pensé!" La vision que ces couples ont du mariage
et leur conscience des difficultés varient de fait en
fonction des individualités, de l'âge et du milieu
culturel auquel ils appartiennent, note M. Robert. Ainsi, l'un
des couples qu'il a accompagnés - femme catholique, mari
musulman - n'avait jamais parlé des problèmes qu'ils
risquaient de rencontrer. Ils s'aimaient, point final. Il a fallu
leur dire: "D'accord, vous vous aimez, mais attention, si
vous avez des enfants, des tiraillements risquent de surgir,
sinon entre vous, du moins en-tre vos familles respectives. Comment
vous situez-vous par rapport à cela?" Autre exemple:
un mari suisse et chrétien, une femme iranienne, de tradition
shiite. Tous deux très jeunes, très naïfs.
"J'ai dû avertir la jeune femme: sa tête ne
risquait-elle pas d'être mise à prix en Iran? Cela
les a fait réfléchir
un peu, mais pas beaucoup."
Dernier exemple: un avocat musulman d'origine libanaise, une
avocate catholique valaisanne. Milieu intellectuel. Pas de problème
entre eux: ils avaient longuement réfléchi aux
enjeux d'une telle union. Mais la difficulté venait de
sa famille à lui, qui ne voulait pas entendre parler de
ce mariage. D'où de très longues négociations.
"Cela les a fait grandir dans leur amour", note Jean-Daniel
Robert.
Dernière question: existe-t-il un suivi de ces couples
après leur mariage? "Non, malheureusement pas, déplore
M. Robert. Nous n'avons pratiquement jamais de nouvelles d'eux
et le temps nous manque, ainsi que les moyens, pour les accompagner.
L'un des gros objectifs de la Pastorale familiale de Genève
est d'ailleurs de mettre en place un tel accompagnement."
Gladys Théodoloz
1) Renseignements:
SKAF, téléphone 041/210 03 47.
"Mariages islamo-chrétiens
- guide pastoral de l'Eglise catholique en Suisse." Rédacteurs:
Thomas Anghern, Werner Weibel et Alain-René Arbez. Edition:
SKAF.
Texte à découvrir
dans notre numéro 5
en pp. 112-115.
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