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Le Père Gabriel Ringlet parle de la mort à Genève

Genève, 5 mars 2010 (Apic/Réd.) - Prêtre, universitaire, écrivain, Gabriel Ringlet a attiré un nombreux public jeudi soir 5 mars à Genève dans le cadre du 50ème anniversaire de la revue des jésuites Choisir. Il a parlé de la mort « pour qu´on vive mieux ».

Ancien aumônier d´hôpital, Gabriel Ringlet a accompagné, en fin de vie, une amie qui faisait partie de l´équipe du Prieuré où il réside, en Belgique, et qui était atteinte d´un cancer. Il en a fait le récit dans un livre intitulé «Ceci est ton corps. Journal d´un dénuement» (Albin Michel). Gabriel Ringlet rend hommage à une personne «proche de la sainteté» et qu´au moins l´une des ces nombreuses existences exceptionnelles mais méconnues sorte de l´ombre. 

Hommage au corps

Gabriel Ringlet rend encore hommage au corps, «tellement beau et encore plus beau dans sa fragilité», ainsi qu´aux soins palliatifs qui aident à vivre jusqu´au dernier souffle. Il fait aussi l´éloge de la célébration, dans un monde qui ne célèbre pas assez. «Notre vie doit être célébrée : avec de l´ici nous devons faire de l´au-delà».

Docteur en communication, Gabriel Ringlet communique sur la mort car, dit-il, si l´on n´apprend pas à mourir toute la mort, on sera incapable de vivre toute la vie. Il s´agit de devancer les derniers instants. «Dire adieu à ceux que l´on aime bien avant l´heure, pour inviter les vivants à être encore plus vivants». Il lui est arrivé de conduire des enfants du catéchisme auprès de personnes qui allaient mourir. «Ce fut un moment d´une intensité exceptionnelle. Il faut parler de la mort tant qu´il fait beau, tant qu´on va bien, y compris avec des tout-petits. Elle n´est pas au bout du chemin, mais elle fait partie de ce chemin. L´enjeu, c´est d´être vivant avant la mort».
Ceci est ton corps

Gabriel Ringlet a célébré l´eucharistie dans la chambre de la malade qu´il accompagnait. Et a été marqué par la coïncidence entre la parole de la consécration, «Ceci est mon corps» et celle qui pouvait s´adresser à son amie, «Ceci est ton corps». Un corps de plus en plus réduit, un corps qu´il allait falloir quitter.

Bavards à la porte

Il y a là un dénuement charnel. La mort conduit aussi à un dénuement affectif. «Il y a un deuil avant le deuil, quand la personne est encore là. Il importe de trouver les mots lui permettant de s´en aller.» Un dénuement géographique, quand on passe de sa maison à l´hôpital, d´un hôpital à un autre. «Il y a des immigrés de la grande maladie». Un dénuement de la parole. «Il n´y a plus le moindre discours qui tienne une fraction de seconde, les bavards, on les met à la porte!» Et un dénuement spirituel à l´heure du doute où l´on rejoint le Christ s´écriant sur la Croix: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m´as-tu abandonné?»

Et ensuite? Qu´en est-il de la résurrection que Gabriel Ringlet préfère appeler insurrection»? Car elle est née de l´idée que ceux qui se sont battus pour plus de justice sont promis à un avenir en Dieu. Gabriel Ringlet la voit comme un accouchement, l´inauguration de quelque chose de neuf. Non pas la réanimation d´un cadavre, mais une transfiguration. «Mes mains vont disparaître, mais pas les caresses que j´ai données, mon visage va disparaître, mais pas mes sourires... »

 
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