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accueil >>  information >>  actualité >>  Guy Gilbert: A quand Vatican III
La pédophilie dans l'Eglise, c'est tès grave. C’est un sujet que j’aborde depuis 25 ans au niveau personnel. Un exemple? Un ado de 17 ans drogué et violé par son boucher. Après trois ans de lien et de discussions avec lui, il porte l’affaire en justice. Le jour où il sort du tribunal, il m’appelle: «Guy, le juge a dit que le type qui m’a fait ça est un pédophile pervers!». Mon pote, si tu avais pu voir la joie qu’il avait de nommer le mal subi – la libération complète! Il va bien maintenant.

L’important, c’est de libérer un jeune du silence. Car le silence tue à petit feu. En France – ailleurs aussi –, ces crimes se passent, dans au moins 85% des cas, dans les familles. Il faut constater ce qui fait mal: L’Eglise s’est tue. C’est une tache immense sur le corps de l’Eglise quand les évêques savaient.

Dutroux a finalement été un prophète maléfique parce qu’il a libéré la parole de ceux qui ont été massacrés. C’est terrible à entendre, mais c’est comme ça. L’Eglise catholique romaine est l’institution qui aujourd’hui porte le plus de blessures de victimes.
 
Et le célibat des prêtres?
 
Si tu mets la pédophilie en relation avec le célibat des prêtres, ça pose des questions. Je suis ravi qu’un cardinal comme l’archevêque de Vienne, Mgr Christoph Schönborn, s’interroge sur ce sujet à haute voix. Le dire, c’est énorme. Il y a 4% de prêtres pédophiles en France, 5% de pédophiles qui s’occupent de jeunes (dans l’éducation et le sport) et le reste se passe dans les familles. Mais on ne va quand même pas dissoudre la cellule familiale sous prétexte que c’est là que le plus de crimes sexuels y sont perpétrés!
Il est impossible que l’Eglise ne se pose pas la question de savoir si le célibat n’a pas une responsabilité là-dedans. C’est une interrogation nécessaire.
Tu es entré au séminaire à 13 ans. Parle-nous de ton expérience.

Mon célibat est une chose très difficile, mais c’est une magnifique histoire parce que j’ai fait un mariage d’amour avec un peuple immense de loubards. C’est le peuple qui t’est confié qui te fait prêtre. Ce n’est pas moi qui vanterait ou défendrait mon célibat, mais ceux pour lesquels je le pratique.
La plupart des prêtres n’osent pas parler de leur célibat. Quand j’étais séminariste, nous étions très mal formés à cette condition. On ne s’y prépare pas en ne vivant qu’avec des hommes, que ce soit au séminaire ou à l’armée. Il y avait alors une obsession vis-à-vis du sexe. Mais cette énergie doit être canalisée, sublimée.
Aujourd’hui, ceux qui deviennent prêtres ont vécu; ils choisissent en connaissance de cause. Il y a des améliorations, mais il y a encore du travail à faire à ce niveau.
 
Que penses-tu des prêtres mariés? Il y en a chez les maronites au Liban, membres de plein droit de l’Eglise catholique.
 
Que des hommes mariés deviennent prêtres (les viri probati), oui. L’Eglise doit montrer ce double chemin. Tu veux être célibataire, tu t’y prépares. Tu veux te marier, tu le fais. Vers 40-50 ans, tu peux être ordonné. Le prêtre aura ainsi un équilibre. C’est une voie à suivre. Et surtout, elle n’est pas en opposition avec la foi chrétienne.
 
L’Eglise catholique a été beaucoup critiquée ces derniers temps. Comment vis-tu ça?
 
– (Guy Gilbert tire sur sa cigarette) L’Eglise, je l’aime par le mystère qu’elle trimballe. Les gens, même s’ils critiquent l’Eglise, voient le mystère du Christ, sa hauteur fantastique. Quand ils voient qu’on abîme l’image de l’Eglise, ils sont encore plus cruels. Et là, on peut leur donner raison. Ils disent: «Tu as un maître extraordinaire, Jésus Fils de Dieu, une personnalité exceptionnelle qui nous a menés au plus haut». Et cela, ce n’est pas mauvais.
Que penses-tu de l’ouverture de Benoît XVI envers les lefebvristes?
 
Mgr Lefebvre a planté sa crosse dans le ciment en oubliant que la tradition de l’Eglise avance depuis 2000 ans. ça, c’est la fin de l’Eglise. La tradition, dans cette Eglise bimillénaire, c’est de vivre dans le monde sans être du monde – pas pour l’avortement ou l’euthanasie. C’est pour cela que l’Eglise sera toujours contestatrice. Aujourd’hui, il y a un resserrement à droite. Mais il n’est pas possible d’aimer l’Eglise sans accepter Vatican II.
 
Vatican II suffit-il?
 
Vatican III est urgent! Pour les hommes mariés prêtres et les femmes diacres notamment. Les femmes servent l’Eglise, mais elles n’y ont pas de fonctions. Alors que nous sommes tous appelés à la sainteté! Que des femmes soient prêtres, je veux bien, avec Benoît XXL, dans 300 ans probablement...
Vatican II a éveillé une espérance fabuleuse en gardant des choses importantes de Vatican I et des valeurs essentielles: respect, amour du prochain, gratuité, partage. Mais l’Eglise est théocratique. Quasiment tous les synodes ont demandé que des hommes mariés soient ordonnés prêtres, mais ça a été mis à la poubelle.
Que veux-tu, l’Eglise est ainsi: les de Lubac et compagnie, on les met en pénitence et on les crée cardinaux 25 ans après... Elle ne supporte pas les gens qui amènent des idées nouvelles. Avant de vouloir proclamer Pie XII saint, on aurait pu proclamer Mgr Romero saint!
 
Tu es prêtre et éducateur...
 
Ça fait 62 ans que je suis dans l’Eglise et mon rêve d’enfant se réalise chaque jour. Je ne pouvais pas faire autre chose qu’être prêtre et éducateur. C’est un appel de Dieu. Ayant trouvé un enfant en pleine rue en Algérie, je l’ai gardé chez moi. Il avait 13 ans, il mangeait dans l’écuelle après le chien. Des autres sont venus, l’évêque m’a dit: «Un pied dans la rue, un pied dans l’Eglise, gardez les deux pieds là où ils sont». Comment veux-tu qu’un être humain supporte des cris de violence et de haine s’il n’a pas le Christ avec lui? L’eucharistie est essentielle à ma vie: c’est faire descendre le Christ dans mes mains de pauvre et le donner. C’est la plus belle chose de ma vie.
Un jour, un jeune qui m’avait volé m’a dit: «Je sais d’où vient ta force: tu as quelqu’un en toi qui t’aide». Il avait deviné. C’est ça le meilleur prosélytisme: vivre de telle façon qu’on pense qu’il est impossible que Dieu n’existe pas.
 
Et l’état de la famille aujourd’hui?
Aux parents, je dis: Jamais vous ne rattraperez le temps que vous n’avez pas passé avec vos enfants quand ils étaient petits et fragiles. Les parents peuvent terriblement manquer de présence, qui est l’essentiel, et d’autorité. Internet mange tout, le portable aussi. Si les parents n’interdisent pas, ça ne marche pas.
Un jeune, avant d’être une tronche, c’est un cœur. Il a des amours, son corps grandit, il explose. Est-ce qu’on l’écoute assez pour le recadrer ou lui témoigner notre affection?
La technologie est extraordinaire, mais les gens en abusent. L’être humain a des oreilles et des yeux et la bouche ne parle plus! A l’adolescence, moment privilégié du dialogue, les gosses s’enterrent. Ils sont contre les parents, qui sont des cons, mais des cons qui parlent et sur lesquels ils font leurs ongles. Ils ingurgitent tout, ce sont des magnétophones fabuleux, ils regardent ce que vous êtes. Et là, Messieurs, Dames, vous avez intérêt à être présents, que votre oui soit oui et votre non ferme.
 
Propos recueillis
par Geneviève de Simone-Cornet et Thibaut Kaeser
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