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messe en latin


Publication du "Motu Proprio" sur la messe en latin par le pape Benoît XVI

Rome, 7 juillet 2007 (Apic/Réd.) – Le Missel romain promulgué par saint Pie V (1566-1572) et réédité par le    bienheureux Jean XIII, en 1962, doit être considéré comme « l’expression extraordinaire » de  l'unique rite  romain de la messe. Tel est le  contenu du Motu Proprio Summorum Pontificum promulgué par Benoît XVI le 7 juillet 2007. Ce document « d’un mouvement propre » relevant d’une initiative personnelle du pape entrera en application le 14 septembre.

Dans sa nouvelle Lettre apostolique en forme de Motu Proprio - littéralement document « d’un mouvement propre » relevant d’une initiative personnelle d'un pape - Benoît XVI donne, au fil d’une douzaine d’articles, les conditions de la libéralisation de la messe tridentine. Il ordonne que « tout ce qu’il a établi » par ce document « ait une valeur pleine et stable et soit observé à  compter du 14 septembre.

« Le Missel romain promulgué par Paul VI (en 1970, ndlr) est l’expression ordinaire de la lex orandi de l’Eglise catholique de  rite latin. Le Missel romain promulgué par saint Pie V (en 1570, ndlr) et réédité par le bienheureux Jean XXIII (en 1962, ndlr) doit être considéré comme l’expression extraordinaire de la même lex orandi de l’Eglise » et « honoré en raison de son usage vénérable et antique ». Tel est le contenu du premier article, qui précise que « ces deux expressions de la lex orandi de l’Eglise n’induisent aucune division de la lex credendi de l’Eglise ». Ce sont en effet « deux mises en œuvre de l’unique rite romain ».

« Il est donc permis de célébrer la messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé, en tant que forme extraordinaire de la liturgie de l’Eglise », indique le document. Les « conditions établies » par les documents précédents Quattuor abhinc annos (1984) et Ecclesia Dei (1988) « pour l’usage de ce Missel » sont désormais remplacées par les nouvelles qu’il établit dans ses articles 2 à 12. « Tout clerc dans les ordres sacrés a le droit d’utiliser le Bréviaire romain promulgué » par Jean XXIII en 1962, affirme le document. « Tout prêtre catholique de rite latin » peut aussi utiliser, sans autorisation particulière, le Missel romain de 1962 ou celui de 1970, « quel que soit le jour, sauf le Triduum sacré (à Pâques, ndlr) », déclare-t-il dans son Article 2.

L’Article 3 explique, quant à lui, que les communautés d’instituts de vie consacrée et de sociétés de vie apostolique peuvent célébrer « dans leurs oratoires propres » la messe selon le Missel de 1962. En revanche, si ces communautés veulent « avoir de telles célébrations souvent ou habituellement ou de façon permanente », celle-ci « doit être déterminée par les supérieurs majeurs ».

Au curé d'apprécier

Le document pontifical, dans son Article 5, se penche sur le cas des paroisses diocésaines. Dans celles « où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé accueillera volontiers leur demande de célébrer la messe » selon le Missel romain de 1962, déclare-t-il. La célébration peut avoir lieu tous les jours. Le curé peut aussi autoriser “la célébration sous cette forme extraordinaire dans des cas particuliers comme des mariages, des obsèques ou des célébrations occasionnelles, par exemple des pèlerinages“, précise encore le document. Il peut aussi « concéder l’utilisation du rituel ancien pour l’administration“ de chacun des sacrements, “s’il juge que le bien des âmes le réclame ».

Le Motu Proprio indique encore qu’il reviendra au curé d’apprécier lui-même « ce qui convient pour le bien de ces fidèles en harmonie avec la sollicitude pastorale de la paroisse, sous le gouvernement de l’évêque », « en évitant la discorde et en favorisant l’unité de toute l’Eglise ». Dans les églises ni paroissiales ni conventuelles, il appartiendra au recteur de l’église « d’autoriser » tout cela. En tout cas, les prêtres utilisant le Missel de 1962 devront être « idoines et non empêchés par le droit ».

Recours à l’évêque et au Vatican

« Si un groupe de fidèles laïcs » stable n’obtient pas du « curé » ce qu’ils lui demandent, ils en « informeront l’évêque diocésain », lui-même « instamment prié d’exaucer leur désir », exige le document dans son Article 7. « S’il ne peut pas pourvoir à cette forme de célébration, il en sera référé à la Commission pontificale Ecclesia Dei“, « qui lui fournira conseil et aide ».

« Aux ordinaires (évêques, ndlr) est accordée la faculté de célébrer le sacrement de la confirmation en utilisant le Pontifical romain ancien », précise par ailleurs le document. « S’il le juge opportun », l’ordinaire peut aussi « ériger une paroisse personnelle » pour les célébrations selon la forme ancienne du rite romain ou nommer un recteur ou un chapelain, selon les règles du droit.

Enfin, les Articles 11 et 12 du Motu Proprio stipulent que la Commission pontificale Ecclesia Dei, « dont la forme, les charges et les normes » seront celles que « le pontife romain voudra lui-même » lui attribuer, « continue à exercer sa mission ». Et qu’en plus des facultés dont elle jouit déjà, « elle exercera l’autorité du Saint-Siège, veillant à l’observance et à l’application de ces
dispositions ».

 

 

Traduction non officielle du Motu proprio du Souverain Pontife Benoît XVI sur l’usage de la Liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970

Vatican, 7 juillet 2007 - Les Souverains Pontifes ont toujours veillé jusqu’à nos jours à ce que l’Église du Christ offre à la divine Majesté un culte digne, « à la louange et à la gloire de son nom » et « pour le bien de toute sa sainte Église ».

Depuis des temps immémoriaux et aussi à l’avenir, le principe à observer est que « chaque Église particulière doit être en accord avec l’Église universelle, non seulement quant à la doctrine de la foi et aux signes sacramentels, mais aussi quant aux usages reçus universellement de la tradition apostolique ininterrompue, qui sont à observer non seulement pour éviter des erreurs, mais pour transmettre l’intégrité de la foi, parce que la lex orandi de l’Église correspond à sa lex credendi » (1).

Parmi les Pontifes qui ont eu ce soin se distingue le nom de saint Grégoire le Grand, qui fut attentif à transmettre aux nouveaux peuples de l’Europe tant la foi catholique que les trésors du culte et de la culture accumulés par les Romains au cours des siècles précédents. Il ordonna de déterminer et de conserver la forme de la liturgie sacrée, aussi bien du Sacrifice de la Messe que de l’Office divin, telle qu’elle était célébrée à Rome. Il encouragea vivement les moines et les moniales qui, vivant sous la Règle de saint Benoît, firent partout resplendir par leur vie, en même temps que l’annonce de l’Évangile, cette très salutaire manière de vivre de la Règle, « à ne rien mettre au-dessus de l’œuvre de Dieu » (chap. 43). Ainsi, la liturgie selon la coutume de Rome féconda non seulement la foi et la piété mais aussi la culture de nombreux peuples. C’est un fait en tout cas que la liturgie latine de l’Église sous ses diverses formes, au cours de tous les siècles de l’ère chrétienne, a été un stimulant pour la vie spirituelle d’innombrables saints et qu’elle a affermi beaucoup de peuples par la religion et fécondé leur piété.

Au cours des siècles, beaucoup d’autres Pontifes romains se sont particulièrement employés à ce que la liturgie accomplisse plus efficacement cette tâche. Parmi eux se distingue saint Pie V, qui, avec un grand zèle pastoral, suivant l’exhortation du Concile de Trente, renouvela tout le culte de l’Église, fit éditer des livres liturgiques corrigés et « réformés selon la volonté des Pères », et les donna à l’Église latine pour son usage.

Parmi les livres liturgiques du Rite romain, la première place revient évidemment au Missel romain, qui se répandit dans la ville de Rome puis, les siècles suivants, prit peu à peu des formes qui ont des similitudes avec la forme en vigueur dans les générations récentes.

« C’est le même objectif qu’ont poursuivi les Pontifes romains au cours des siècles suivants en assurant la mise à jour des rites et des livres liturgiques ou en les précisant, et ensuite, depuis le début de ce siècle, en entreprenant une réforme plus générale » (2). Ainsi firent mes prédécesseurs Clément VIII, Urbain VIII, saint Pie X (3), Benoît XV, Pie XII et le bienheureux Jean XXIII.

Plus récemment, le Concile Vatican II exprima le désir que l’observance et le respect dus au culte divin soient de nouveau réformés et adaptés aux nécessités de notre temps. Poussé par ce désir, mon prédécesseur le Souverain Pontife Paul VI approuva en 1970 les livres liturgiques réformés et partiellement rénovés de l’Église latine. Ceux-ci, traduits partout dans le monde en de nombreuses langues vulgaires, ont été accueillis avec plaisir par les Évêques comme par les prêtres et les fidèles. Jean-Paul II reconnut la troisième édition type du Missel romain. Ainsi, les Pontifes romains se sont employés à ce que « cet édifice liturgique, pour ainsi dire, […] apparaisse de nouveau dans la splendeur de sa dignité et de son harmonie » (4).

Dans certaines régions toutefois, de nombreux fidèles se sont attachés et continuent à être attachés avec un tel amour et une telle passion aux formes liturgiques précédentes, qui avaient profondément imprégné leur culture et leur esprit, que le Souverain Pontife Jean-Paul II, poussé par la sollicitude pastorale pour ces fidèles, accorda en 1984, par un indult spécial Quattuor abhinc annos de la Congrégation pour le culte divin, la faculté d’utiliser le Missel romain publié en 1962 par Jean XXIII ; puis de nouveau en 1988, par la lettre apostolique Ecclesia Dei en forme de motu proprio, Jean-Paul II exhorta les Évêques à utiliser largement et généreusement cette faculté en faveur de tous les fidèles qui en feraient la demande.

Les prières instantes de ces fidèles ayant déjà été longuement pesées par mon prédécesseur Jean-Paul II, ayant moi-même entendu les Pères Cardinaux au consistoire tenu le 23 mars 2006, tout bien considéré, après avoir invoqué l’Esprit Saint et l’aide de Dieu, par la présente Lettre apostolique JE DÉCIDE ce qui suit :


Art. 1. Le Missel romain promulgué par Paul VI est l’expression ordinaire de la lex orandi de l’Église catholique de rite latin. Le Missel romain promulgué par saint Pie V et réédité par le Bx Jean XXIII doit être considéré comme expression extraordinaire de la même lex orandi de l’Église et être honoré en raison de son usage vénérable et antique. Ces deux expressions de la lex orandi de l’Église n’induisent aucune division de la lex credendi de l’Église ; ce sont en effet deux mises en œuvre de l’unique rite romain.

Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulguée par le Bx Jean XXIII en 1962 et jamais abrogée, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église. Mais les conditions établies par les documents précédents Quattuor abhinc annos et Ecclesia Dei pour l’usage de ce Missel sont remplacées par ce qui suit :


Art. 2. Aux Messes célébrées sans peuple, tout prêtre catholique de rite latin, qu’il soit séculier ou religieux, peut utiliser le Missel romain publié en 1962 par le bienheureux Pape Jean XXIII ou le Missel romain promulgué en 1970 par le Souverain Pontife Paul VI, et cela quel que soit le jour, sauf le Triduum sacré. Pour célébrer ainsi selon l’un ou l’autre Missel, le prêtre n’a besoin d’aucune autorisation, ni du Siège apostolique ni de son Ordinaire.


Art. 3. Si des communautés d’Instituts de vie consacrée et de Sociétés de vie apostolique, de droit pontifical ou de droit diocésain, désirent, pour la célébration conventuelle ou « communautaire », célébrer dans leurs oratoires propres la Messe selon l’édition du Missel romain promulgué en 1962, cela leur est permis. Si une communauté particulière, ou tout l’Institut ou Société, veut avoir de telles célébrations souvent ou habituellement ou de façon permanente, cette façon de faire doit être déterminée par les Supérieurs majeurs selon les règles du droit et les lois et statuts particuliers.


Art. 4. Aux célébrations de la Messe dont il est question ci- dessus à l’art. 2 peuvent être admis, en observant les règles du droit, des fidèles qui le demandent spontanément.


Art. 5, § 1. Dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé accueillera volontiers leur demande de célébrer la Messe selon le rite du Missel romain édité en 1962. Il appréciera lui-même ce qui convient pour le bien de ces fidèles en harmonie avec la sollicitude pastorale de la paroisse, sous le gouvernement de l’Évêque selon les normes du canon 392, en évitant la discorde et en favorisant l’unité de toute l’Église.


§ 2. La célébration selon le Missel du bienheureux Jean XXIII peut avoir lieu les jours ordinaires ; mais les dimanches et les jours de fête, une seule Messe sous cette forme peut également être célébrée.


§ 3. Le curé peut aussi autoriser, aux fidèles ou aux prêtres qui le demandent, la célébration sous cette forme extraordinaire dans des cas particuliers comme des mariages, des obsèques ou des célébrations occasionnelles, par exemple des pèlerinages.


§ 4. Les prêtres utilisant le Missel du bienheureux Jean XXIII doivent être idoines et non empêchés par le droit.


§ 5. Dans les églises qui ne sont ni paroissiales ni conventuelles, il appartient au Recteur de l’église d’accorder l’autorisation de ce qui est indiqué ci-dessus.


Art. 6. Dans les Messes selon le Missel du Bx Jean XXIII célébrées avec le peuple, les lectures peuvent aussi être proclamées en langue vernaculaire, en utilisant des éditions reconnues par le Siège apostolique.


Art. 7. Si un groupe de fidèles laïcs dont il est question à l’article 5 § 1 n’obtient pas du curé ce qu’ils lui ont demandé, ils en informeront l’Évêque diocésain. L’Évêque est instamment prié d’exaucer leur désir. S’il ne peut pas pourvoir à cette forme de célébration, il en sera référé à la Commission pontificale Ecclesia Dei.


Art. 8. L’Évêque qui souhaite pourvoir à une telle demande de fidèles laïcs, mais qui, pour différentes raisons, en est empêché, peut en référer à la Commission pontificale Ecclesia Dei, qui lui fournira conseil et aide.


Art. 9, § 1. De même le curé, tout bien considéré, peut concéder l’utilisation du rituel ancien pour l’administration des sacrements du Baptême, du Mariage, de la Pénitence et de l’Onction des Malades, s’il juge que le bien des âmes le recommande.

§ 2. Aux Ordinaires est accordée la faculté de célébrer le sacrement de la Confirmation en utilisant le Pontifical romain ancien, s’il juge que le bien des âmes le recommande.

§ 3. Tout clerc dans les ordres sacrés a le droit d’utiliser aussi le Bréviaire romain promulgué par le bienheureux Jean XXIII en 1962.


Art. 10. S’il le juge opportun, l’Ordinaire du lieu a le droit d’ériger une paroisse personnelle au titre du canon 518, pour les célébrations selon la forme ancienne du rite romain, ou de nommer soit un recteur soit un chapelain, en observant les règles du droit.


Art. 11. La Commission pontificale Ecclesia Dei, érigée par le Pape Jean-Paul II en 1988 (5), continue à exercer sa mission.

Cette commission aura la forme, la charge et les normes que le Pontife romain lui-même voudra lui attribuer.


Art. 12. Cette même commission, outre les facultés dont elle jouit déjà, exercera l’autorité du Saint-Siège, en veillant à l’observance et à l’application de ces dispositions.

Tout ce que j’ai établi par la présente Lettre apostolique en forme de Motu proprio, j’ordonne que cela ait une valeur pleine et stable, et soit observé à compter du 14 septembre de cette année, nonobstant toutes choses contraires.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 7 juillet de l’an du Seigneur 2007, en la troisième année de mon pontificat.

Benoît XVI

(1) Présentation générale du Missel romain, 3e édition, 2002, n. 397. (2) Jean-Paul II, Lettre ap. Vicesimus quintus annus (4 décembre 1988), n. 3 : AAS 81 (1989), p. 899 ; La Documentation catholique 86 (1989), pp. 518-519. (3) Ibidem. (4) Motu proprio Abhinc duos annos (23 octobre 1913) : AAS 5 (1913), pp. 449-450 ; cf. Jean-Paul II, Lettre ap. Vicesimus quintus annus, n. 3. (5) Cf. Jean-Paul II, Motu proprio Ecclesia Dei adflicta (2 juillet 1988), n. 6 : AAS 80 (1988), p. 1498 : La Documentation catholique 85 (1988), pp. 788-789. (traduction non officielle)

 

Lettre du pape aux évêques sur le Motu Proprio

Rome, 7 juillet 2007 2007 (Apic/Réd.) – En publiant le nouveau Motu Proprio « Summorum pontificum » libéralisant l’usage de la messe et des livres liturgiques selon le rite préconciliaire de 1962, Benoît XVI a souligné son désir d’obtenir une réconciliation au sein de l’Eglise. Dans une lettre adressée aux évêques, le pape a aussi vivement regretté les abus de l’après réforme liturgique conciliaire.

Dans sa longue « lettre aux évêques du monde entier », Benoît XVI a ainsi évoqué la « raison positive », « le motif » qui le fait « actualiser par ce Motu Proprio celui de 1988 ». « Il s’agit d’obtenir une réconciliation interne au sein de l’Eglise », a expliqué le pape. Il a souligné l’importance de « faire tous les efforts afin que tous ceux qui désirent réellement l’unité aient la possibilité de rester dans cette unité, ou de la retrouver à nouveau ». « L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture », a indiqué le pape.

Benoît XVI a également regretté qu’après le Concile Vatican II, « en de nombreux endroits », la messe n’ait pas été célébrée « fidèlement selon les prescriptions du nouveau missel. Au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité ; cette créativité a souvent porté à des déformations de la liturgie à la limite du supportable », a-t-il ajouté. « Je parle d’expérience, parce que j’ai vécu moi aussi cette période, avec toutes ses attentes et ses confusions », affirme-t-il encore avec un ton très personnel.

Pas de crainte pour Vatican II

Le pape a également voulu rassurer les évêques de leur crainte de voir ce Motu Proprio « amenuiser l’autorité du Concile Vatican II, et mettre en doute une de ses décisions essentielles - la réforme liturgique. Cette crainte n’est pas fondée », a-t-il expliqué, soulignant que « le missel publié par Paul VI et réédité ensuite à deux reprises par Jean-Paul II est et demeure évidemment la forme normale - la Forma ordinaria - de la liturgie eucharistique ».

Le missel de 1962 pourra au contraire être utilisé comme « Forma extraordinaria de la célébration liturgique. Il n’est pas convenable de parler de ces deux versions du Missel Romain comme s’il s’agissait de deux rites », a aussi expliqué le pape car « il s’agit plutôt d’un double usage de l’unique et même rite ». Pour lui, donc, « il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum ». S’exprimant sur « l’usage du missel de 1962, comme Forma extraordinaria de la liturgie de la messe », le pape a voulu attirer « l’attention sur le fait que ce missel n’a jamais été juridiquement abrogé et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé ».

« Au cours des discussions sur ce Motu Proprio attendu, la crainte a été exprimée qu’une plus large possibilité d’utiliser le missel de 1962 puisse porter à des désordres, voire à des fractures dans les communautés paroissiales », a aussi affirmé Benoît XVI. « Cette crainte ne me paraît pas non plus réellement fondée ». Pour le pape, « l’usage de l’ancien missel présuppose un minimum de formation liturgique et un accès à la langue latine. Ni l’un ni ’autre ne sont tellement fréquents », a-t-il fait remarquer. Ainsi, « ces simples conditions concrètes indiquent clairement comment le nouveau missel restera certainement la forme ordinaire du rite romain, non seulement en raison des normes juridiques, mais aussi à cause de la situation réelle des communautés de fidèles ».

Benoît XVI a enfin souhaité conforter les évêques, les assurant que « ces nouvelles normes » ne diminueraient aucunement leur « autorité » et leur « responsabilité, ni sur la liturgie, ni sur la pastorale » de leurs fidèles. « Rien n’est donc retiré à l’autorité de l’évêque, son rôle demeure de toute façon de veiller à ce que tout se passe dans la paix et la sérénité ».

Trois ans de test

Le pape a tout de même tenu à souligner que, « si quelque problème devait apparaître que le curé n’arrive pas à résoudre, l’ordinaire local (l’évêque, ndlr) pourrait toujours intervenir, en pleine harmonie cependant avec ce qu’établissent les nouvelles normes du Motu Proprio ». Les évêques diocésains ont enfin été invités à « écrire au Saint-Siège un compte-rendu » de leurs « expériences, trois ans après l’entrée en vigueur de ce Motu Proprio. Ainsi, si de sérieuses difficultés étaient vraiment apparues, on pourrait alors chercher des voies pour y porter remède », a précisé Benoît XVI.

 

Réactions positives et mitigées dans les Eglises catholiques d’Europe

Fribourg, 7 juillet 2007 (Apic/Réd.) – Le Motu Proprio « Summorum pontificum » du pape Benoît XVI suscite de nombreuses réactions. Le cardinal français Jean-Pierre Ricard, membre de la Commission pontificale Ecclesia Dei, a dit sa « peur que les motivations réelles du pape ne soient pas bien comprises ».

Le cardinal français fait aussi part de ses inquiétudes quant à la mise en œuvre « pratique » du Motu Proprio. « Il se peut que des voix discordantes se fassent entendre en France, et dans les pays où le sujet est sensible, comme la Suisse et l’Allemagne ».

Le président de la Conférence des évêques suisses (CES), Mgr Kurt Koch, évêque de Bâle, estime que ce document « élargit et redéfinit les possibilités d’emploi du « vieux » rite latin de la Messe de 1962, ceci à côté du Missel de la réforme liturgique en vigueur depuis 1970 ». A Fribourg, Mgr Bernard Genoud, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, assure qu'il consultera, dans les plus brefs délais, les responsables concernés pour connaître plus précisément les demandes et attentes des fidèles par rapport au document Motu Proprio. Un communiqué du diocèse précise que le Conseil épiscopal traitera les réponses de cette consultation dès la rentrée. Mgr Genoud en précisera alors l’application.

Eglise de France inquiète

En France, le Motu Proprio libéralisant l'usage du missel dit « de saint Pie V » inquiète « fortement l'Eglise de France », écrit le quotidien catholique « La Croix ». A l’origine, rappelle le quotidien français, seul le texte du Motu Proprio devait être publié. « Mais la pression des évêques français, notamment lors de l’assemblée de Lourdes à l’automne dernier où ils avaient signé un « message de soutien » au cardinal Ricard, ainsi que des épiscopats allemand et américain, si elle n’a pas fait reculer Rome sur le fond, l’a beaucoup fait réfléchir. Au point de reporter de plusieurs mois la publication du Motu Proprio et de laisser le temps à Benoît XVI de rédiger cette lettre expliquant l’esprit de sa décision ». 
En France, assure encore « La Croix », le terrain est miné, et le pape le sait désormais.

Les évêques autrichiens, emmenés par l'archevêque de Vienne, le cardinal Christoph Schönborn, ont pour leur part salué le motu proprio de Benoît XVI. A Rome, pour le cardinal Dario Castrillon Hoyos, le pape est venu à la rencontre des « lefebvristes » en libéralisant l'usage de la messe ancienne. Le président de la Commission « Ecclesia Dei » estime que les lefebvristes « ne peuvent nier ni la valeur ni la validité » des messes actuelles.

Fraternité Saint Pie X partiellement satisfaite

De son côté, le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Bernard Fellay, a jugé qu’il restait encore des « difficultés », après la publication du Motu Proprio. Cependant, l’héritier de Mgr Marcel Lefebvre « se réjouit » de voir l’Eglise retrouver ainsi « sa tradition liturgique ». La lettre qui accompagne le Motu Proprio, a indiqué Mgr Fellay dans un communiqué, « ne cache pas les difficultés qui subsistent encore ». L’évêque ordonné illicitement en 1988 a demandé, entre autres, « le retrait du décret d’excommunication qui frappe toujours (les) évêques » de la Fraternité Saint-Pie X.

 

 

Message de Benoît XVI sur la messe en latin et la liturgie

 


 
Rome, 13 mars 2007 (Apic/Réd.) – Très attendue et publiée ce mardi 13 mars, l'Exhortation apostolique post-synodale sur l’Eucharistie de Benoît XVI énonce une série de recommandations tirées des travaux de quelque 250 pères synodaux réunis au Vatican en octobre 2005. La messe en latin et des détails pratiques sur la manière de célébrer l’Eucharistie constituent les deux principales nouveautés de ce message.

L’Exhortation «Sacramentum Caritatis» (Sacrement de l’amour) est le deuxième document majeur du pontificat de Benoît XVI après son Encyclique Deus Caritas, parue en janvier 2006. Dans Sacrement de l’amour, Benoît XVI reprend fidèlement les cinquante propositions finales du Synode, publiées exceptionnellement au terme des travaux des pères synodaux près d’un an et demi plus tôt.

« Influence bénéfique » de Vatican II

Tout en invitant à remettre en valeur certains acquis pré-conciliaires de la liturgie, Benoît XVI réaffirme dans cette Exhortation « l’influence bénéfique » de la réforme issue du Concile Vatican II (1962-1965). Il aborde aussi certaines questions délicates comme le manque de prêtres, l’accès à la communion des divorcés remariés ou la cohérence des politiciens catholiques. Sur ces différents sujets, le pape réaffirme l’enseignement de l’Eglise, confirmant le « caractère obligatoire » du célibat sacerdotal dans la tradition latine, rappelant l’impossibilité d’admettre aux sacrements les divorcés remariés et invitant les hommes politiques et les législateurs catholiques à « se sentir particulièrement interpellés par leur conscience ».

Encouragement du latin

Benoît XVI encourage l’utilisation du latin pour les grandes cérémonies internationales, souhaitant aussi que les candidats au sacerdoce apprennent à célébrer la messe en latin. Le pape invite à la valorisation du chant grégorien et des formes de dévotion eucharistique comme l’adoration ou les processions, il réaffirme le rôle central du prêtre et le précepte dominical, il insiste sur le caractère sacré de la liturgie, mais aussi sur la simplicité des gestes et la sobriété des signes, ainsi que sur l’obéissance fidèle aux normes en la matière en évitant les ajouts inopportuns. Le pape rappelle le rôle de l’évêque, qui doit sauvegarder l’unité unanime des célébrations dans son diocèse.


Détails pratiques sur la liturgie

L’Exhortation apostolique sur l’Eucharistie fourmille aussi de détails pratiques comme l’emplacement des confessionnaux ou du tabernacle dans les églises, la construction des homélies, les postures des fidèles durant les célébrations. Le pape indique également qu’il a demandé aux dicastères compétents d’étudier le déplacement, à l’intérieur de la liturgie de la messe, du geste de paix. Celui-ci, précise-t-il, suscite un peu de confusion dans l’assemblée juste avant la communion. Benoît XVI indique par ailleurs qu’il encourage, comme l’on souhaité les pères synodaux, la publication d’un Compendium sur l’Eucharistie.

Fidélité au renouveau liturgique

Le pape allemand, à qui l’on prête l’intention de libéraliser le rite liturgique de saint Pie V, dit « rite tridentin », indique qu’à chaque étape de l’histoire de l’Eglise, la célébration eucharistique resplendit de toute sa richesse multiforme dans le rite liturgique. Tout en constatant, avec les participants au Synode d’octobre 2005, les difficultés et les abus de la réforme survenue après le Concile, il affirme que le renouveau liturgique contient des richesses qui n’ont pas été pleinement explorées, qu’il est bon et valable. Le pape souhaite en outre demeurer fidèle à l’intention profonde de ce renouveau. Comme le 22 décembre 2005 devant la curie romaine, il répète, dans une note de l’Exhortation apostolique, que le Concile doit être relu selon une « herméneutique de la continuité ». Expliquant le sens d’une participation active des fidèles à la messe voulue par le dernier concile, le pape insiste cependant sur les tâches spécifiques du prêtre et précise le rôle des laïcs. La « racine eucharistique de la communion ecclésiale », estime également Benoît XVI, peut contribuer efficacement au dialogue œcuménique.


Liste de recommandations

Berne, 13 mars 2007 (Apic/Réd.) - Un condensé en quelques lignes des principales recommandations du pape.


ADAP : Benoît XVI souhaite que les assemblées dominicales en l’absence de prêtre (ADAP), qui s’avèrent nécessaires lorsque la participation à la messe est “pratiquement impossible“, n’entraînent pas de “confusion sur le rôle central du prêtre“.

Adoration eucharistique : Vivement recommandée par le pape, l’adoration eucharistique peut être personnelle ou communautaire. Les enfants doivent aussi être initiés à cette pratique.

lébrations en petits groupes : Le pape précise qu’elles doivent être harmonisés avec l’ensemble de la proposition pastorale du diocèse, afin d’unifier la communauté, et non de la fragmenter.

Célibat des prêtres : Le pape confirme le caractère obligatoire pour la tradition latine du célibat sacerdotal.

Confession : Les fidèles sont encouragés à la confession fréquente. Le pape invite à rendre “bien visibles“ les confessionnaux dans les églises.

Crise des vocations : LLe pape conseille une plus juste répartition des prêtres. Il invite les évêques à solliciter tous les membres du clergé à une plus grande disponibilité pour servir l’Eglise là où il en est besoin, même au prix de sacrifices.

Divorcés-remariés : L’indissolubilité du mariage conduit le pape à réaffirmer le refus de l’accès aux sacrements aux personnes divorcées remariées. Il s’agit, selon lui, d’un problème épineux et complexe. Les évêques sont invités à discerner les diverses situations pour aider spirituellement les fidèles concernés. Cependant, si des doutes légitimes existent au niveau du mariage sacramentel, Benoît XVI invite à recourir aux tribunaux ecclésiastiques pour l’annulation du mariage et à une formation des fiancés pour éviter une confusion autour de la valeur du mariage.

Doctrine sociale : Benoît XVI affirme l’importance de promouvoir la doctrine sociale de l’Eglise dans les diocèses et dans les communautés chrétiennes afin d’orienter le comportement des chrétiens face aux questions sociales brûlantes.

Geste de paix : Le pape souligne qu’il est opportun de modérer ce geste, suggérant de limiter l’échange de la paix avec la personne la plus proche. Il confie aussi avoir demandé aux dicastères compétents, suite aux suggestions du Synode, d’étudier la possibilité de placer le geste de paix à un autre moment pour éviter de susciter la confusion avant la communion.

Gestuelle : Le respect de l’Eucharistie passe par l’importance des gestes et des postures pendant la célébration de la messe, comme le fait de s’agenouiller pendant les moments centraux de la prière eucharistique.

Handicapés : Benoît XVI recommande d’enlever des lieux de culte d’éventuels obstacles architecturaux qui empêchent l’accès des personnes handicapées. Il encourage aussi la communion eucharistique des “handicapés mentaux, baptisés et confirmés“.

Homélie : Il est nécessaire d’améliorer la qualité de l’homélie en évitant que les prédications soient générales et abstraites, mais plutôt thématiques suivant le cours de l’année liturgique.

Latin : Benoît XVI présente la langue latine comme langue universelle de l’Eglise catholique. Lors des grandes messes internationales, exceptées les lectures, homélies et la prière des fidèles, il est bon que les célébrations soient en langue latine. Le pape demande que les futurs prêtres soient préparés à comprendre et à célébrer la messe en latin.

Mariage et polygamie : Réaffirmant l’indissolubilité du mariage entre un homme et une femme, Benoît XVI invite les évêques à “étudier des pratiques pastorales“ pour les fidèles “provenant de cultures où se pratique la polygamie“.

Messe télévisée : Il est “très louable que les personnes âgées et les malades participent à la messe dominicale par les retransmissions radio-télévisées“, mais le pape critique l’attitude de ceux qui, par ces retransmissions, voudraient “se dispenser de se rendre à l’église pour participer à la célébration eucharistique“.

Œcuménisme : A plusieurs reprises, Benoît XVI exprime son souhait que l’Eucharistie soit un fondement de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux. Le pape ajoute qu’il est possible d’admettre des chrétiens non catholiques individuellement à l’Eucharistie. Cela suppose cependant de vérifier qu’il s’agit de situations déterminées et exceptionnelles.

Prêtre : L’importance de la reconnaissance des différents rôles hiérarchiques présents dans la célébration est soulignée par le pape. Il est pour lui “nécessaire que soient clarifiées ses tâches spécifiques. Le prêtre est de manière irremplaçable celui qui préside la célébration eucharistique tout entière.

Prisonniers : Benoît XVI souligne aussi l’importance de porter attention aux prisonniers, invitant les diocèses à s’investir dans l’activité pastorale concernant l’assistance spirituelle des détenus.


Sacrements : Benoît XVI demande une attention particulière aux sacrements du baptême, de la première communion et de la confirmation, et rappelle la nécessité d’associer les familles chrétiennes au parcours d’initiation.


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